Critique : une Carmen inégale à l’Opéra de Montréal

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74%
  • Chant 70 %
  • Scénographie 60 %
  • Direction du choeur et de l'orchestre 80 %
  • Orchestre 80 %
  • Choeur 80 %
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La première production en 14 ans de Carmen de Bizet par l’Opéra de Montréal était très attendue en raison de la mise en scène assurée par le célèbre cinéaste Charles Binamé, qui s’attaquait à un opéra pour la première fois. Considéré comme l’opéra le plus joué au monde, Carmen affichait complet plusieurs mois d’avance, même après qu’une cinquième représentation a été ajoutée en août 2018 et bien que le prix du billet atteigne 200 $ et même 300 $.

Bémols

https://myscena.org/wp-content/uploads/2019/05/Krista-De-Silva-Carmen-%C2%A9Yves-Renaud-1-e1557088533466.jpgKrista De Silva (Carmen) ©Yves Renaud

L’apport de Binamé s’est révélé décevant lors de la soirée d’ouverture, le 4 mai dernier. On nous promettait une scénographie grandiose, mais l’apparition mystérieuse d’un échafaudage en métal maintenant la façade semblait déplacée. L’éclairage était somme toute médiocre et des ombres couvraient souvent les visages. J’ai plutôt aimé les faibles lueurs rouge-orangé, mais elles estompaient les détails des costumes raffinés. Les projecteurs utilisés de temps à autre, notamment pour souligner la présence de Don José à la corrida, étaient trop évidents. La longue étoffe rouge attachée à Carmen au début et réapparaissant à la fin pour signaler sa mort faisait l’effet d’un cliché. Et pourquoi y avait-il une foule installée sur scène pour assister sans broncher à l’attaque au couteau ? Dans les entrevues publiées, Binamé affirme qu’il a travaillé avec les chanteurs pendant près d’un an. Pourtant, les résultats n’étaient pas observables au fond du parterre.

La distribution entièrement canadienne était sous tension. Krista de Silva, mezzo relativement peu connue, a bien interprété le rôle et bien chanté, mais sa voix manquait de legato et de volume pour être celle de Carmen. Le ténor Antoine Bélanger était instable en première partie, sa voix s’est d’ailleurs presque cassée durant son premier duo avec Micaëla, mais elle s’est replacée dans la seconde partie. Le rôle est néanmoins trop dramatique pour lui. La soprano France Bellemare dans le rôle de Micaëla semblait fatiguée, surtout en première partie. Sinon, son aria de seconde partie était plutôt touchante. Il semble que Binamé a eu son mot à dire dans le choix de la distribution et son inexpérience a paru sur scène. Peut-être que la transmission vidéo de cette production de Carmen, financée par une subvention de 100 000 $ du CALQ (dates à venir), fonctionnera mieux.

Ce que vous avez manqué

Christopher Dunham (Escamillo) Krista De Silva (Carmen) Dominique Côté (Le Dancaire), Antoine Bélanger (Don José) ©Yves Renaud

Un chant solide du baryton Christopher Dunham dans le rôle d’Escamillo dans la chanson du Toreadore de la première moitié et le duo avec José dans la deuxième moitié a donné un certain relief vocal. Les parties secondaires chantées par Magali Simard-Galdès (Frasquita), Pascale Spinney (Mercédès), Dominique Côté (le Dancaïre), Éric Thériault (le Rémendado) et Alexandre Sylvestre (Moralés) étaient bien. Alain Trudel a dirigé l’Orchestre Métropolitain dans une belle lecture. Le choeur était généralement bon, malgré le faible choeur des soldats en ouverture.

Magali Simard-Galdès (Frasquita), Krista De Silva (Carmen) & Pascale Spinney (Mercédès) ©Yves Renaud

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Cette nouvelle production de Carmen, de Bizet, mise en scène par le réalisateur Charles Binamé, a débuté le samedi 4 mai à 19h 30, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts, et sera présentée de nouveau les 7, 9, 11 et 13 mai. Le spectacle affiche complet. www.operademontreal.com

 

Traduction : Andréanne Venne

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