Critique : English Night de Brahms par Lewis Furey

0

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Libérez la voie : le chanteur-compositeur Lewis Furey a un style à la Rufus Wainwright. Soit vous adorez son timbre et son style de chant imposant, soit vous détestez. Lorsque le concert de Furey interprétant les lieder de Brahms a débuté, je dois avouer que je n’ai pas immédiatement aimé. Son jeu de nuances et son sporadique accent imitant l’anglais britannique minaient la mélodie tout au long de Wie Melodien zieht es mir (traduit par Just a Feeling), jouée en pièce d’ouverture. Mais dès le deuxième morceau, j’ai commencé à oublier ces détails – d’ailleurs, l’artiste de 67 ans ne prétend pas être un virtuose – et je me suis mis à apprécier la prestation pour les textes traduits par Furey. Lorsque j’ai interviewé Furey il y a deux mois (voir l’article de Crystal Chan publié dans l’édition d’octobre de La Scena Musicale), il m’a confié qu’il avait voulu actualiser la traduction anglaise en y incluant des références linguistiques et sociales contemporaines. Citant T.S. Elliot, il m’a expliqué qu’il croyait que chaque génération devait s’approprier ces chefs-d’œuvre à travers une traduction qui lui serait propre. Quelle remarque pertinente !

Comme Furey chante en anglais, les mots coulent avec facilité et sont aisément reçus. Les traductions anglaises, affichées sur écran numérique derrière le piano tout au long des seize pièces du concert, étaient d’une grande aide pour le public majoritairement francophone. La soirée pouvait se confondre avec une conversation de salon entre Furey et son audience. Deux réflexions me sont venues : Furey devrait reprendre ce spectacle ailleurs en Amérique du Nord ; et quel serait le résultat si ce matériel était utilisé par un chanteur classique professionnel ?

D’humeur conviviale, l’audience locale a longuement applaudi lorsque Furey s’est mis à chanter des extraits des chansons des Beatles et d’autres mélodies populaires dans le but de souligner certains parallèles pouvant être faits entre les textes. À mesure que la soirée progressait, la voix de Furey s’est réchauffée. Il a terminé le concert en reprenant Just a Feeling, mais cette fois en chantant avec legato et sans accent anglais comme au début du spectacle : la mélodie a transporté le public.

Furey a raison, nous devons nous adapter aux technologies et au public d’aujourd’hui si nous voulons rallier l’art et le public. Je m’avancerai même jusqu’à dire que la meilleure manière de sauver le récital vocal est de rester fidèle à la langue de l’auditoire, et d’utiliser un microphone au besoin.

À la suite du concert, j’ai appris la nouvelle du décès du poète et chanteur Leonard Cohen. Cet événement est venu confirmer mes impressions, à savoir que les mots sont importants, particulièrement ceux qui permettent de s’unir avec son public.

Traduction : Olivier Gentil


Cet article a également été publié sur mySCENA.org le 12 novembre 2016 (version anglaise seulement)

English Night de Brahms par Lewis Furey (traduction de Lewis Furey Brahms Lieder) a été révisé le 10 nov. et a été prolongé deux fois afin d’y inclure le concert du  2 février 2017. Théâtre Outremont. theatreoutremont.ca

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Partager:

A propos de l'auteur

Laissez une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.