Balissat et Chausson sous l’archet de Piguet

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Jeudi 9 Novembre 2000

Georges Weston Hall, Toronto


Wagner, Ouverture de Rienzi

Respighi, Airs anciens et Danses (Suite nš2)

Rossini, Pas de six (extrait de Guillaume Tell)

Douglas, Albis (extrait)

Balissat, Rückblick

Chausson, Poème pour violon et orchestre opus 25


Toronto Philarmonia dirigé par Kerry Stratton

Jean Piguet, violon


Une fois de plus, les vertus de la musique contemporaine pour les bons orchestres qui ne sont pas encore exceptionnels, semblent avoir fait leur preuve ce soir-là. Car c’est bien en interprétant les compositions du Canadien Douglas et du Suisse Balissat que l’orchestre s’est révélé sous son meilleur angle. Equilibre des pupitres, homogénéité des cordes, justesse des attaques, tout s’accordait à merveille. Bien que l’extrait d’Albis choisi pour l’occasion n’était certes pas ce que Douglas ait écrit de mieux (dans le genre, la musique de « La guerre des étoiles » est mieux réussie), le Rückblick pour violon et orchestre de Jean Balissat a quant à lui dévoilé une profonde sensibilité issue d’une tension soutenue. Cette pièce naît de longs glissandos venus des aigus du violon, lequel est accompagné par un motif répétitif de la harpe, des violoncelles et des altos. Elle se termine en inversant les rôles, laissant au violon le soin de clore le discours sur l’élément répétitif inspiré de l’orchestre. Le coeur de la composition est le fruit d’une savante alchimie entre le violon solo et l’orchestre, pivotant autour d’une tonalité mineure qui se cherche. Des soliloques de l’instrument soliste sont interrompus par un sforzando à l’orchestre. Les échanges se multiplient et suite à quelques envolées lyriques sous l’archet de Jean Piguet, un changement de tempo amène à la conclusion de l’ensemble. Réflexion sur l’instant qui n’est pas puisqu’il devient, Rückblick composée en 1980 est une pièce riche en contrastes qui, semblable aux Fleurs du Mal, fait jaillir la beauté du spleen de la vie. Jean Piguet fit également preuve d’une grande maîtrise instrumentale dans le redoutable poème de Chausson. Certes un peu sec au début et manquant de sonorité pour son premier thème en solo, le violoniste suisse se libéra par la suite pour nous livrer le meilleur de lui-même, malgré un accompagnement orchestral loin de la « sensation » rhapsodique voulue par Chausson. Moins convainquants furent l’Ouverture de Rienzi et l’extrait de Guillaume Tell dont les précisions des attaques firent cruellement défaut. Quant aux pastiches baroqueux orchestrés par Respighi, ils demandaient un énorme travail de mise en place et de détails afin de leur rendre le style qui les a inspirés. Le Toronto Philarmonia ne fit que les survoler poliment et manqua surtout de précision rythmique dans le Bergamasca qui concluait l’ensemble.


Réussir dans un programme aussi composite relève d’un travail d’Hercule qui est peut-être trop ambitieux pour cet orchestre. Il serait sans doute plus bénéfique de cibler et d’approfondir trois pièces limitées à trois styles que d’aligner six morceaux de caractère, abordés superficiellement.

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