Les Maîtres Chanteurs : cinq chanteurs de lieder légendaires

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Maureen Forrester, contralto

En février 1955, Maureen Forrester et son pianiste John Newmark font leurs débuts à Paris à la salle Gaveau. Un début en récital à New York suit en novembre 1956, puis un début au Carnegie Hall en 1957 sous la direction de Bruno Walter, lequel lance une carrière internationale. Forrester s’est associée principalement aux lieder allemands, mais est reconnue également comme interprète des répertoires anglais et canadien. En effet, elle a créé des œuvres de nombreux compositeurs canadiens, dont Charpentier, Papineau-Couture, Fleming, Glick, Morawetz, Schafer et Coulthard. Maureen Forrester a chanté des « liederabend » à travers le monde – de l’Europe et l’Amérique du Nord à la Russie, l’Australie et l’Orient – et à l’apogée de sa carrière, elle se produisait 120 fois par an. Les interprétations de Forrester étaient marquées par une musicalité innée et raffinée. Sa voix en était une de contralto : un timbre somptueux aux couleurs sombres et une technique souple et intégrée. Renommée pour son phrasé limpide et sa maîtrise vocale, Forrester a commandé pratiquement tout le répertoire du lied. Parmi ses interprétations et enregistrements les plus mémorables figurent Das Lied von der Erde de Mahler, des lieder de Brahms et Sea Pictures d’Elgar, pour lesquels elle demeure une référence.

Kathleen Ferrier, contralto

La contralto britannique Kathleen Ferrier, décédée à l’âge de 41 ans, a acquis une réputation internationale remarquable en 12 ans de carrière, avec un répertoire allant des chansons folkloriques et des ballades populaires aux mélodies classiques de Brahms, Mahler et Elgar. Bruno Walter travaille d’abord avec elle en 1947 sur Das Lied von der Erde de Mahler et, plus tard, dit avoir immédiatement senti qu’il y avait là quelque chose de spécial : « J’ai reconnu avec délice qu’il y avait potentiellement ici l’une des plus grandes chanteuses de notre époque. » Ses trois tournées aux États-Unis entre 1948 et 1950 et ses nombreuses visites en Europe continentale la font connaître internationalement. Le timbre de Ferrier est instantanément reconnaissable – richement crémeux et cuivré –, tout comme sa manière tout aussi personnelle de communiquer des mots et de la musique d’une manière si directe et si intense. Elle est une interprète mémorable de la Rhapsodie pour alto et des Vier Ernste Gesänge de Brahms, de Frauenliebe und leben (Schumann) et surtout de Das Lied von der Erde (Mahler). Mais c’est peut-être dans les mélodies de sa Grande-Bretagne natale – celles de Quilter, Warlock et particulièrement la chanson folklorique du Northumberland, Blow the Wind Southerly – que l’on mesure pleinement l’étendue de ses pouvoirs de communication.

Camille Maurane, baryton

Élève de l’admirable Claire Croiza, le baryton léger français Camille Maurane est le principal représentant de la mélodie française de sa génération. Des générations de mélomanes ont découvert (ou redécouvert) les mélodies de Gabriel Fauré grâce à l’enregistrement de 1959 de Maurane. Il chantait avec une clarté et une élégance admirables, sans aucun artifice. Avec un phrasé et une maîtrise du souffle impeccables, Maurane ne semblait pas « chanter », mais donner de la substance vocale et de la cohérence au texte. Comme le vénérable ténor Michel Sénéchal l’écrit : « Il était sans égal et reste un maître dans les mélodies de Fauré. » Sa parfaite diction, sa voix claire de baryton Martin étaient aussi une révélation dans une variété d’enregistrements de mélodies françaises de Chabrier, Ravel, Poulenc, Franck, Gounod, Bizet, Hahn, Massenet et Duparc (avec la fabuleuse pianiste Lily Bienvenu). Comme le disait Sénéchal, « la mélodie française est une forme d’art très subtile, et il en avait le secret ».

Pavel Lisitsian, baryton

Bien qu’il soit considéré à juste titre comme l’un des plus grands chanteurs d’opéra du XXe siècle, le baryton arménien Pavel Lisitsian était également l’un des interprètes légendaires de la mélodie. Son répertoire comprenait plus de 1000 mélodies et, pendant la Seconde Guerre mondiale, il a donné plus de 500 concerts en première ligne. Il chante surtout en russe, mais on retrouve aussi de belles versions de Schumann et Schubert. « Sa version de Du bist die Ruh, écrivait un contemporain, contient l’un des exemples les plus impressionnants de technique de pur messa di voce sur disque. »

Néanmoins, Lisitsian est insurpassable dans la mélodie russe. Il établit une norme qui n’a jamais été dépassée et ses interprétations de mélodies de Rimski-Korsakov, Dargomyjski, Balakirev, Glinka, Rachmaninov, Tchaïkovski et d’autres représentent une encyclopédie de référence de la mélodie russe. Plusieurs enregistrements ne peuvent être adéquatement décrits, mais Dans le silence de la nuit secrète de Rachmaninov, Lisitsian affiche son incroyable maîtrise de la respiration (en particulier la dernière phrase), sa musicalité, une diction parfaite et sa voix glorieuse. La même chose est vraie pour Sur les collines de Géorgie de Rimski-Korsakov. Il est tout simplement l’un des plus grands artistes lyriques de l’histoire.

Gerhard Hüsch, baryton

Bien qu’il ait joué de nombreux rôles à l’opéra, le baryton allemand Gerhard Hüsch s’est plutôt concentré sur l’art du lied, dans lequel sa ligne vocale infiniment souple, son timbre richement chaleureux et sa diction magnifiquement lucide étaient mieux présentés. « [Hüsch] a fait certains des meilleurs disques de lieder de Schubert jamais réalisés, a écrit John Rockwell. M. Hüsch est victorieux en comparaison avec son successeur Dietrich Fischer-Dieskau, la raison étant que certains d’entre nous préfèrent un art moins maniéré. » Le magazine Gramophone ajoute : « Hüsch possédait l’une des plus belles voix de baryton du gramophone; ronde, chaude, émission facile, parfaitement équilibrée sans trace de tension ou de trémolo de haut en bas. Il utilise cette voix pour créer une ligne parfaite sur laquelle les mots sont placés naturellement et sans effort… son baryton aristocratique prend le poids parfait de chaque mot et de chaque ligne, les consonnes et les voyelles délicieusement placées dans les arcs legato. » Son Schöne Müllerin allie avec brio la projection dramatique à la réflexion intérieure et son Winterreise est vraiment chavirant. Le lied de Wolf, Daß doch gemalt deines Reize wären, reflète admirablement sa grandeur. Ici, il capte la parfaite couleur et la ligne vocale pour évoquer la révérence amoureuse et la ferveur spirituelle du texte.

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