L’art song américain : un aperçu

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Bien que la chanson américaine soit presque aussi ancienne que la nation elle-même, la mélodie américaine (art song) est une création beaucoup plus jeune. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les chansons folkloriques et populaires (comme celles de Stephen Foster) allient une voix américaine émergente à l’influence de la tradition européenne de la « romance » et de la ballade. Cette tendance est illustrée par d’influentes compositrices comme Amy Beach, Pearl Curran, Clara Edwards et Mary Howe, jusqu’à l’arrivée d’Edward MacDowell.

Photo : Charles Ives Society

C’est au tournant du XXe siècle que l’art song se développe. Les compositeurs sérieux des États-Unis, notamment le très original Charles Ives (1874-1954), commencent à rompre avec les traditions européennes existantes. La musique novatrice d’Ives est intimement liée à sa Nouvelle-Angleterre natale et comprend des citations de chansons populaires, d’hymnes et de musique classique européenne. Ses 114 Songs autopubliés pour voix et piano vont de la ballade à la satire, des hymnes aux chansons romantiques. Techniquement, les mélodies oscillent entre la grande difficulté et la grande simplicité. Des art songs comme The Greatest Man et The Things Our Fathers Loved – particulièrement interprétés par Gerald Finley et Julius Drake sur les deux CD consacrés à Ives – créent une norme à laquelle les autres compositeurs doivent maintenant être mesurés.

Charles Griffes

Charles Griffes (1884-1920), proche contemporain d’Ives, laisse un opus important de mélodies : des chansons romantiques d’inspiration allemande aux mélodies influencées par l’impressionnisme français. Beaucoup des belles mélodies de sa maturité (en particulier Four Impressions sur des textes d’Oscar Wilde) illustrent à quel point Griffes écrivait bien pour la voix. Ses mélodies ont été magnifiquement interprétées sur disque par le visionnaire Thomas Hampson, qui a rendu le même service à de nombreux compositeurs américains.

Aaron Copland

Aaron Copland (1900-1990) figure parmi les grands compositeurs de la mélodie américaine de la première moitié du XXe siècle. Comme on l’écrit sur le fabuleux site internet Song of America (commandité par la Hampsong Foundation), « Copland, dont l’opus est principalement défini par ses Twelve Poems of Emily Dickinson, a également arrangé deux séries de Old American Songs (1950 et 1952) ». Décrit comme un portrait diversifié de l’Amérique, le premier volume contient l’arrangement de la chanson shaker Simple Gifts, tandis que le deuxième inclut la chanson de ménestrel Ching-a-Ring Chaw, célèbre pour son refrain chargé de syllabes insensées. La version de référence est celle du baryton William Parker.

John Jacob Niles

L’adaptation de la chanson folklorique et populaire américaine ne se pas limite à Copland. John Jacob Niles (1892-1980) compose des œuvres originales et arrange également de nombreuses chansons folkloriques (dont I Wonder as I Wander chanté par la sublime Karina Gauvin). Plus récemment, Steven Mark Kohn a arrangé une série intitulée American Folk Song Settings (superbement interprété par le baryton Andrew Garland).

Samuel Barber

Parmi les autres compositeurs de l’époque, on doit citer le doyen des compositeurs afro-américains, William Grant Still (1895-1978), et surtout le compositeur postromantique Samuel Barber (1910-1981). Barber, neveu de la célèbre contralto Louise Homer, avait une belle voix de baryton (il a enregistré son propre cycle Dover Beach). Son style vocal essentiellement lyrique est idéal pour mettre en scène de nombreux poètes européens. Il compose aussi l’un des art songs marquants, Sure on this Shining Night, sur un texte de James Agee, et Knoxville: Summer of 1915 (recherchez les versions contrastées d’Elenor Steber, de Leontyne Prince et de Dawn Upshaw).

La génération de compositeurs d’avant 1914 comprenait l’excentrique Mark Blitzstein, dont le style novateur (décrit comme « néoclassicisme abstrait ») est illustré par des chansons telles que The Cradle Will Rock (enregistré par William Sharp et Steven Blier), ainsi que Leonard Bernstein et son style fort personnel dans des œuvres telles que son cycle I Hate Music: A Cycle of Five Kids Songs.

Pour la génération de compositeurs de l’après-guerre, l’influence croissante de la poésie américaine devient et reste importante dans le langage vocal musicalement accessible mais moderne de plusieurs compositeurs tels que Ned Rorem (né en 1923), Lee Hoiby (1926-2011) et Dominick Argento (né en 1927). Les deux cents mélodies de Rorem présentent une grande variété de styles et un langage harmonique sculpté. Un grand nombre de poètes ont inspiré Rorem et ses compositions vont de courtes miniatures à de longs cycles (Evidence of Things Not Seen comprend 36 mélodies). Parmi les nombreux cycles, War Scenes de 1969 (enregistré en partie par Finley) et les Five Poems of Walt Whitman (notamment enregistrés par Susan Graham) sont les plus frappants. Les plus de 100 mélodies de Lee Hoiby sont caractérisées par l’humour et une manière lyrique attirante dans la musique affiliée à la tradition romantique de Barber, comme le cycle The Shining Place. Comme celle de Hoiby, la musique vocale d’Argento affiche une force lyrique particulièrement personnelle. Son cycle From the Diaries of Virginia Woolf (enregistrement merveilleux de Janet Baker) lui a valu le prix Pulitzer en 1975, mais d’autres œuvres telles que Casa Guidi (notamment dans un enregistrement de Frederica von Stade) devraient être découvertes.

Libby Larsen

De nouveaux sommets semblent avoir été atteints avec les très populaires Cabaret Songs de William Bolcom (né en 1938), qui sont représentatifs d’une musique qui « démontre son flair pour le dramatique, son penchant pour l’expérimentation et son talent pour combiner des styles préexistants avec ses propres textures dissonantes et son idiome vernaculaire » (Song of America). Les contemporains exacts de Bolcom, John Corigliano et John Harbison, ont également des mélodies de distinction, de même que Thomas Pasatieri (né en 1945) et surtout Stephen Paulus (né en 1949). Les mélodies des compositrices Libby Larsen (née en1950) et Lori Laitman (née en 1955) affichent un langage vocal imagé frappant et une façon personnelle de mettre les mots en musique. Les mélodies de Tom Cipullo (né en 1956) et Jake Heggie (né en 1961) (brillamment enregistrées de nouveau par Andrew Garland) démontrent avec éloquence que l’art song à l’américaine continue d’évoluer en s’appuyant sur une tradition impressionnante.

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