Le ballet de Saint-Péterbourg de Boris Eifman

0

Le rideau est tombé hier soir sur la dernière représentation du Requiem que le réputé chorégraphe russe Boris Eifman présentait à Montréal, à l’invitation des Grands Ballets. L’œuvre est divisée en deux parties distinctes, très différentes l’une de l’autre, ayant comme point commun cette prière pour les âmes des défunts qu’est le Requiem.

La première partie évoque, par plusieurs tableaux déchirants, le drame des hommes et des femmes persécutés par le régime stalinien, inspirée du texte de la poétesse Anna Akhmatova qui a elle-même souffert du règne de ce dictateur. Par des images fortes et une chorégraphie saisissante, les danseurs illustrent avec brio la répression, la faim, les attentes, les fusillades de prisonniers et l’insoutenable douleur de ceux qui restent. La poignante scène de cette femme éplorée, recherchant parmi les morts un proche disparu à la suite d’une exécution, nous laisse collés à nos sièges, submergés par l’émotion. La sublime musique du Quatuor no 8 de Chostakovitch que le compositeur avait dédicacée « aux victimes de la guerre et du fascisme » colle tellement à la chorégraphie qu’on a l’impression qu’elle a été écrite pour cette œuvre.

Imprégné de tristesse dans la première partie, le Requiem nous plonge ensuite dans la lumière et l’espoir que reflète le Requiem de Mozart. Bien que cette œuvre marque un grand contraste avec celle qui l’a précédée, on perçoit le lien entre les deux par quelques rappels de ces femmes de gris vêtues, traînant avec peine un corps enveloppé. Les images sont souvent impressionnantes. Dans le Rex tremendae, par exemple, cette magnifique ronde, les bras élevés nous séduit. Au Lacrimosa, les danseurs enveloppés de voile forment des monuments, comme un jardin de sculptures d’un effet saisissant. On notera ensuite dans le Benedictus des hommes en noir qu’on voit de face ou de dos avec un masque et la magnifique finale tout en blanc.

Le Requiem de Mozart est magnifiquement interprété par L’Orchestre et les chœurs des Grands Ballets Canadiens sous la direction de Valery Platonov et les solistes Andréanne Brisson-Paquin, soprano, Josée Lalonde, alto, Nils Brown, ténor et Normand Richard, basse.

L’éclairage de Eifman a été réglé avec soin et y souligne l’effet dramatique ou joyeux. La puissance de ces deux œuvres était soutenue par une scénographie minimaliste, mais très expressive. La foule a réservé un accueil chaleureux et enthousiaste à cette œuvre remarquable. Les attentes seront élevées pour le retour vivement souhaité de Boris Eifman.

Partager:

A propos de l'auteur

Laissez une réponse