Koyaanisqatsi – toujours d’actualité

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Grande commémoration à la Maison symphonique ce samedi 14 septembre pour célébrer le 50e anniversaire du Philip Glass Ensemble, avec un programme présentant en mode ciné-concert le film culte Koyaanisqatsi, du réalisateur Godfrey Reggio. On peut certes remercier la compagnie de production Traquen’Art, qui nous offrait le premier concert de la tournée anniversaire de l’ensemble, mais aussi le seul qu’il donne au Canada. Par ailleurs, on revient de ce concert avec un très beau programme, du genre qui se conserve, dans lequel on met en contexte le rapport entre Philip Glass et Montréal, où il venait une première fois avec son ensemble le 19 novembre 1974 (trois jours après un premier passage à Québec).

Depuis la sortie de Koyaanisqatsi en 1982, Philip Glass a composé les bandes sonores de très nombreux films, et il a démontré à de multiples reprises que sa musique se prête particulièrement bien à cet exercice qui consiste à offrir au spectateur une relation équilibrée entre la musique et l’image. C’est particulièrement vrai dans un film comme Koyaanisqatsi, qui ne comporte pas de scénario à proprement parlé, ni de dialogues. Le film est, pour ainsi dire, une simple collection d’images, qui dansent sur la musique de Glass du début à la fin. Bien sûr, il y a tout de même un certain arc dramatique ; le film débute par des peintures sur le mur d’une grotte, et on comprend rapidement que le sujet de film est l’évolution technologique de la civilisation moderne et le poids important de l’empreinte humaine sur le visage de la terre. Pour un film paru en 1982, et sur lequel le réalisateur a commencé à travailler en 1975, c’était passablement visionnaire. Le film a gagné un sous-titre à mesure que s’est construite la « trilogie des Qatsi », les trois films que Godfrey Reggio a réalisé en collaboration étroite avec Philip Glass:

 

  • Koyaanisqatsi: Life Out of Balance (Vie désiquilibrée) – 1982
  • Powaqqatsi: Life in Transformation (Vie en transition) – 1988
  • Naqoyqatsi: Life as War (La vie comme une guerre) – 2002

 

Les titres sont empruntés à la langue des Hopis, l’une des premières nations d’Amérique qui vivent dans le nord-est de l’Arizona (et dont le nom signifie en français « peuple de la paix »).

Le PGE

On rapporte sur le site de Pomegranate Arts, la compagnie qui gère la production des concerts du Philip Glass Ensemble (PGE), une citation de l’artiste britannique Brian Eno à propos d’un concert de l’ensemble auquel il assista en 1969 à la London’s Royal Academy of Art et qui se termine ainsi: « J’ai pensé, Oh mon dieu, c’est ça ! C’est le futur de la musique rock ! » Avec ses claviers électroniques et l’amplification des instrumentistes et chanteurs, c’était en effet pour le moins différent de ce que l’on pouvait généralement considérer comme « un ensemble de musique contemporaine ». Encore aujourd’hui, l’ensemble tel qu’on a pu le voir sur la scène, et sous l’écran, de la Maison symphonique, est d’une configuration très spéciale. On y trouve:

  • Lise Bielawa (claviers et voix)
  • Jon Gibson (bois)
  • Philip Glass (claviers)
  • Peter Hess (bois)
  • Michael Riesman (claviers, direction)
  • Mick Rossi (claviers)
  • Andrew Sterman (bois)

En 1982, pour ceux et celles qui, comme moi, étaient dans la jeune vingtaine, la musique de Philip Glass était dans bien des cas ce que l’on pouvait écouter qui s’approchait le plus de la « musique classique ». C’était tout à la fois ultramoderne, chic, marginal et pourtant… populaire ! La même année paraissait le premier disque d’une artiste qui pouvait partager ces qualificatifs avec le compositeur, Laurie Anderson, dont le titre « O Superman » allait donner des ailes à son album « Big Science ». En 1982, par ailleurs, naissait aussi la compagnie Traquen’Art.

Philip Glass développait son langage, un son et une façon qui se reconnaissent entre mille, depuis la fin des années 1960. Revenu à New York en 1967 après deux années passées auprès de Nadia Boulanger à Paris, il assista à un concert de la musique de Steve Reich qui allait se révéler déterminant. Cette musique « minimaliste » qui ne l’est pas toujours, ces répétitions qui sont surtout des transformations, cette signature inimitable, quoi qu’on en dise, donne aux images de Godfrey Reggio une couche dramatique supplémentaire qui touche par moments au paroxysme, lorsque les rythmes obsessionnels s’accumulent en crescendo et que le son se sature, que le déroulement des images s’accélère lui aussi, alors que le cœur du spectateur se tord déjà de douleur devant ces descriptions crues d’usines à saucisses auxquelles succèdent des séquences montrant des foules s’engouffrant dans le métro ou des hordes de voitures roulant à tombeau ouvert sur des autoroutes sans fin. Le Philip Glass Ensemble rend cette musique en direct avec brio et le public de la Maison symphonique lui a fait connaître bruyamment sa satisfaction à la fin du concert, faisant revenir les musiciens sur scène trois ou quatre fois pour recevoir ses applaudissements.

Le film Koyaanisqatsi pourrait être lancé aujourd’hui, tant son thème reste actuel, et ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour l’humanité… Ceux qui font les surpris devant les injonctions de Greta Thunberg à paniquer ne peuvent pas dire qu’on ne les avait pas prévenus…

Koyaanisqatsi: Life Out of Balance

Ciné-concert avec le Philip Glass Ensemble

Maison symphonique de Montréal, 14 septembre 2019

Pour voir Godfrey Reggio et Philip Glass commenter le film Koyaanisqatsi (en anglais, avec sous-titres français), visionnez ce documentaire:

 

 

La Scena Musicale - Coffret Découverte
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