Gerald Finley

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C’est à Ottawa que le baryton canadien Gerard Finley a reçu sa formation musicale. Tout comme les chanteurs lyriques Daniel Taylor, Kevin Reeves et David Thompson, Finley a été initié à la musique chorale par Brian Law, directeur de la chorale de l’église St. Matthew à Ottawa. Même après la mue de sa voix, Finley continue à chanter au sein de différents chœurs locaux, avec l’Ontario Youth Choir. Avec le chœur d’opéra du Centre national des arts (CNA), il découvre l’art lyrique.

Décidé à étudier les sciences, il auditionne pourtant en 1978 auprès de David Wilcox, ancien directeur du Royal Conservatory of Music (RCM) de Londres. Accepté en 1979, Finley termine ses études musicales à l’Université d’Ottawa avant de s’envoler vers l’Angleterre, où il vit désormais avec son épouse et leurs deux jeunes fils.

À son dire, le système proposé par le RCM est idéal : les étudiants foulent la scène les week-ends en compagnie de chœurs et d’orchestres professionnels. « Je pouvais aussi bien pratiquer l’harmonie vocale rapprochée (close harmony) et chanter des madrigaux élisabéthains au Lord Mayor’s Supper au Guildhall de Londres que me retrouver, le lendemain, dans un petit chœur d’opéra à la campagne. À mon avis, il n’y a pas meilleure façon d’apprendre le métier. » Après le RCM, Finley joindra sa voix à celle des Cambridge Singers pendant ses trois années d’études universitaires au cours desquelles il étudiera également le français, l’italien et la théologie.

En 1986, Finley renonce à ses autres engagements choraux pour rallier le chœur de l’Opéra de Glyndebourne. En ce temps-là, comme de nos jours, l’Opéra de Glyndebourne divisait l’année en deux : la saison estivale des festivals au cours de laquelle Finley travaillait dans des chorales et apprenait des rôles en tant que doublure; puis, la tournée hivernale au cours de laquelle il chantait les rôles appris durant l’été. En 1988, il décroche de petits rôles, notamment un vendeur de lunettes de soleil dans Carmen ou le serviteur de Flora dans La Traviata. Entre-temps, Finley poursuit des études au sein d’une institution privée, le National Opera Studio de Londres, une formation payée par Glyndebourne. L’année 1989 se révèle magique. Il décroche alors le rôle de Papageno dans La Flûte enchantée, son premier grand rôle qui marque ses débuts professionnels en allemand. Peu après, il épouse la mezzo-soprano anglaise Louise Winter.

En 1994, Finley a le privilège d’interpréter Figaro à l’ouverture de la nouvelle maison d’opéra de Glyndebourne. Mais c’est en campant le rôle de Papageno qu’il prend son envol sur la scène mondiale et acquiert une réputation internationale. En 1995, John Eliot Gardiner invite Finley à se joindre à la distribution de la Flûte enchantée pour une tournée européenne (enregistrement sur étiquette DG Archiv). Au cours de cette tournée, Jonathan Friend, administrateur artistique du Metropolitan Opera, lui offre de faire ses débuts à New York après l’avoir écouté.

Dès le début de sa carrière, les lieder ont tenu une place prépondérante. Son récent album, intitulé Chants de voyage (Disques SRC), révèle un interprète sensible, expert de la mélodie. Finley adore les lieder, car ils présentent des défis et recèlent un potentiel illimité de raffinement. « L’interprétation des lieder exige une technique impeccable, une riche palette de couleurs et une compréhension approfondie. J’ai appris énormément en écoutant Fischer-Dieskau, Prey et Schreier qui tous se sont distingués par la richesse, la dynamique et l’intensité de leur interprétation. J’ai commencé par chanter les chansons pleines de caractère de Wolf. Il y a cinq ans, j’ai chanté pour la première fois le cycle Winterreise (Voyage d’hiver) et depuis, je l’ai repris une douzaine de fois. C’est à mon avis une œuvre dramatique et je suis un interprète dramatique. Aussi, il n’est pas question que j’interprète le Winterreise en donnant à ma voix de délicates inflexions poétiques. Mon expérience de vie, empreinte de naturel, est teintée de naïveté et mon chant en est le reflet. »

Devant la récente vague d’enregistrements de lieder par de très jeunes chanteurs, Finley demeure perplexe. « L’interprétation du lied s’améliore à mesure que les chanteurs prennent de l’âge. Les interprètes lyriques qui m’intéressent le plus sont ceux qui ont accumulé une longue expérience de vie. Lorsque les chanteurs reconstruisent ou déconstruisent les œuvres de Schubert pour en interpréter de nouvelles versions, l’attrait de la nouveauté est un motif qui incite à écouter leurs enregistrements. Parfois, c’est le seul. Je suppose que tout ce qui attire de nouveaux publics vers la musique classique est souhaitable. Après tout, nous sommes dans le secteur du divertissement. »

Finley juge que les chansons anglaises sont tout aussi difficiles à interpréter que les lieder allemands. « La langue anglaise n’est pas facile à chanter. Si votre langue maternelle est l’anglais, vous devez rompre avec de nombreuses habitudes liées à l’anglais parlé – l’accent tonique, la production vocale et le contrôle des voyelles. Les habitudes propres à la langue parlée ne conviennent pas au chant. Vous devez retrouver la saveur unique de la langue anglaise, riche en diphtongues, les “ings”, les “l” profonds, les “d” et les “g”, etc. sans altérer la voix. On y parvient par la modification et l’allongement. Or, si vous chantez en anglais de la même façon que vous avez appris à chanter en français ou en italien, le public aura l’impression que cela sonnerait mieux en français ou en italien. »

Finley se sentirait-il menacé par l’essor d’excellents jeunes barytons allemands, comme Holzmair, Goerne et Quasthoff ? « Pas vraiment. Il y a toujours eu beaucoup de bons barytons allemands. Je ne suis pas allemand, mais je peux compter sur d’excellents professeurs de diction allemande. En tant qu’anglophone interprétant des rôles en allemand, je me suis heurté à la résistance de certains. John Eliot Gardiner a demandé plusieurs avis d’experts sur ma diction allemande avant de me confier l’enregistrement de Papageno. »

Le répertoire mozartien pour baryton continue d’être le gagne-pain de Finley. Il a interprété Guglielmo, Papageno et Masetto ainsi que le rôle-titre de Don Giovanni. Il désire chanter dans Billy Budd, opéra de Benjamin Britten qu’il tient en haute estime. Il a chanté les rôles du Comte et du poète Olivier dans le Capriccio de Strauss; il porte un vif intérêt au rôle du barbier dans Die Schweigsame Frau (La femme silencieuse) et peut-être bien aussi à celui de Jochanaan (Jean-Baptiste) dans Salomé. Il rêve d’interpréter Onéguine, un rôle parfait pour un baryton lyrique comme lui.

Finley a participé à plusieurs enregistrements sur étiquette Deutsche Grammophon grâce à sa collaboration avec John Eliot Gardiner. Puis, il y a eu les enregistrements suivants : The Pilgrim’s Progress de Vaughan Williams pour Chandos; un album conjoint (avec le ténor canadien Michael Schade) de la série Schubert d’Hyperion; un album, enregistré en juin 1998, de mélodies françaises pour Les disques SRC.

Finley a été accueilli à l’Opéra de Paris pour chanter Figaro, Papageno et Sharpless ainsi qu’au Covent Garden dans le rôle de Figaro. Le Met lui a offert à nouveau le rôle de Papageno en 1999 et celui de Marcello en 2000. En décembre 1998, à San Francisco, Finley a interprété le rôle de Mr Fox lors de la première mondiale de l’opéra The Fantastic Mr Fox de Tobias Picker. Il a été particulièrement enchanté d’intégrer une nouvelle production de la Flûte enchantée à l’Opéra lyrique de Chicago en 2002. Aucun opéra au Canada n’est prévu à l’agenda de Finley. « C’est malheureux, dit-il, mais les maisons d’opéra canadiennes ne retiennent pas assez à l’avance nos services, sans compter qu’elles veulent souvent que vous chantiez pour un cachet réduit. »

Traduction par Lina Scarpellini

 

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