Entrevue avec Raphaëlle Paquette

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Après avoir mené le rôle de Cristal de Starmania Opera aux quatre coins du monde pendant près de six ans, la soprano Raphaëlle Paquette mène une carrière des plus diverses au Québec. Ayant une formation en chant classique, en danse et en piano, l’artiste s’est tournée vers le chant pop et le mélange des genres, notamment grâce à son duo Cheek to Cheek, et se produit fréquemment dans les CHSLD. Ce mois-ci, elle incarnera le rôle de Gilda dans la production de Rigoletto de l’Opéra de Québec, du 21 au 28 octobre. Dans le cadre de notre numéro sur la relève, Raphaëlle a généreusement accepté de nous expliquer les défis du métier d’interprète lyrique et les réalités du jeune chanteur en début de carrière.

Avant tout, quand t’est-il venu la vocation d’être chanteuse lyrique et comment cette aventure a-t-elle débuté pour toi ?

« À 8 ans, j’avais vu La Traviata de Verdi, le film avec Domingo et Teresa Stratas. À la sortie du film, je pleurais de toute mon âme et c’est alors que j’ai dit à ma mère : “Maman, je veux être chanteuse d’opéra !” Elle a enregistré l’information dans sa tête mais bon, les enfants disent bien ce qu’ils veulent… Néanmoins, j’étais déjà dans les arts de la scène. À 7 ans, j’avais commencé le ballet et le piano. Ensuite, au secondaire, je suis entrée aux Grands Ballets Canadiens et en secondaire 3 je suis entrée à l’école Pierre-Laporte en piano. Puis, au cégep, j’ai dit “Ok maman, je m’en vais en chant” et j’ai finalement fait un baccalauréat en chant classique. »

Après l’université?

« Je faisais beaucoup de concerts corporatifs. Je faisais du classique, mais c’est là que j’ai commencé à faire du crossover. J’ai appris à chanter dans toutes sortes de conditions et à chanter très près des gens. Pour moi, ça a été très formateur. J’aimais beaucoup cette proximité et maintenant je fais beaucoup de concerts dans les CHSLD et dans les maisons de retraite. Dans cette idée, j’ai aussi lancé deux duos. C’est une partie de mon travail que j’aime énormément et qui m’est essentielle. Pour moi, ça vaut des millions ! »

Est-il essentiel de faire des concours pour débuter une carrière ?

« J’ai fait des concours quand j’étais plus jeune, mais ça n’a jamais été ma force. J’avais des grosses peurs. Les concours, c’est un travail psychologique. C’est évidemment un travail vocal et c’est une discipline en soi, mais le concours c’est un stress de plus. Moi, je n’avais pas les armes nécessaires pour gérer “les papillons” qu’on a dans la tête. J’ai quand même gagné des concours, mais je n’aimais pas ça. Je n’aimais pas le fait qu’on compare les artistes entre eux. C’est une belle méthode pour se faire entendre et se faire découvrir et c’est très formateur. Je dirais aux jeunes d’en faire, mais non pas dans le but de gagner, plutôt dans le but d’apprendre à concentrer son esprit et d’apprendre du répertoire. »

Tu as toi aussi fait des tournées d’auditions. Comment ça se passe ?

« C’est beaucoup de stress et c’est surtout exténuant. Tu peux changer dix fois de ville ou de pays en moins d’un mois. Tu peux avoir deux auditions dans une même journée, dans deux villes différentes. Tu prends le train à 6 heures le matin et lorsque tu arrives à l’audition, il n’y a pas de place pour te réchauffer. Alors, tu te réchauffes dans la salle de bain le temps de faire trois ou quatre notes et tu es prête. Finalement, il faut qu’en deux minutes tu prouves que tu es la meilleure de la planète bien que tu sois épuisée. C’est tout de même extrêmement formateur comme expérience ! Il ne faut pas en faire des milliers et il ne faut pas non plus y aller au hasard. On croit après l’université qu’on va aller faire des auditions et qu’on va avoir beaucoup de rôles. En fait, c’est beaucoup de déceptions, c’est difficile. Toutefois, si c’est notre vocation, il ne faut jamais lâcher. »

Est-ce que le chanteur classique a nécessairement besoin de s’expatrier pour avoir une carrière ?

« Ça dépend du genre de carrière qu’on veut. Si tu veux une carrière d’opéra, oui, il est nécessaire de partir. On n’a pas beaucoup de maisons d’opéra au Canada et elles ne font pas beaucoup de productions. En Europe, il y a une petite maison d’opéra dans chaque ville ! C’est possible de faire carrière ici, mais il faut faire toutes sortes de choses, comme je l’ai fait. »

Comment t’y prends-tu pour préparer un rôle d’opéra ?

« En ce moment, je suis en train de monter le rôle de Gilda que je ferai à l’Opéra de Québec. Je n’ai même pas eu deux mois pour le préparer. Quand j’ai reçu l’appel, j’étais en vacances avec mon mari et j’ai finalement passé les vacances dans ma chambre ! Quand je travaille un rôle comme ça, je me le rentre dans le corps. Dans un délai si restreint, la partition est constamment dans mon sac. Il faut placer le texte dans la voix parlée parce que chanter, c’est comme parler. Moi je chante beaucoup assise au piano pour ne pas me fatiguer et je ne chante pas fort. Ces temps-ci, je travaille de trois à quatre fois par semaine avec mes profs et mes coachs. Quand je suis toute seule, chez moi, je peux pratiquer deux heures et demie de chant, mais pas plus et je ne fais pas ça tous les jours ! J’ai aussi besoin de repos vocal périodiquement et j’essaie de ne pas trop parler. Chez moi, je suis tranquille et je travaille la mémorisation. »

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes qui se lancent dans une telle carrière ?

« Entourez-vous de gens positifs et constructifs parce que c’est une carrière qui demande beaucoup de courage. C’est un métier de courage, de joie et aussi de persévérance. La vie est une bataille, mais c’est une belle bataille. Il faut se battre à chaque instant, il faut se battre pour se lever le matin. Il faut se battre pour gagner nos vies. Allez-y ! N’ayez pas de limites ! »

Raphaëlle Paquette interprète Gilda dans Rigoletto de Verdi. 21, 24, 26 et 28 octobre 2017, Ville de Québec, www.operadequebec.com

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