Les logiciels d’édition face aux défis de la musique contemporaine

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Lorsque j’ai commencé à travailler comme copiste, au début des années 1980, tout le travail de production d’une partition d’orchestre et de ses parties séparées se faisait encore à la main. En musique, l’arrivée des premiers logiciels de notation musicale a révolutionné l’édition. Ainsi, il devenait possible de produire une partition et, à partir de celle-ci, d’en produire les parties séparées. Les corrections dans l’une se reflétaient dans l’autre, ce qui était un avantage considérable. Toutefois, malgré toutes les avancées logicielles, l’édition musicale, en musique contemporaine, demeure toujours un défi de taille. Voyons comment des logiciels tels que Finale et Sibelius se comportent face à certaines techniques d’écriture de musique contemporaine.

Odile Gruet, copiste. Photo : Raymond Ménard

Un aperçu des possibilités

Commençons par la musique non mesurée. En principe, dans les deux logiciels, il faut indiquer des chiffres indicateurs et entrer le bon nombre de notes dans chaque mesure. Cependant, pour bien traduire la pensée du compositeur, il sera nécessaire de cacher certains éléments visuels comme les barres de mesure, les chiffres indicateurs, les lignes de portée, les hampes ou les têtes de notes. On pourra aussi entrer des silences invisibles, créer des divisions de temps personnalisées (n-olets) et en masquer chiffres et crochets. Il arrive aussi que le compositeur demande que les musiciens ne jouent pas au même tempo ou que la musique soit non synchrone. Dans de tels cas, on peut toujours utiliser les techniques mentionnées plus haut. Toutefois, la solution sera parfois d’exporter et d’importer, sous forme d’images, certaines sections musicales. Des logiciels de graphisme comme Adobe Illustrator doivent parfois entrer en jeu afin de pallier les capacités réduites de ces deux logiciels. Ils permettent de mieux noter puis d’importer des formes spécifiques et variées comme certains glissandos, vibratos ou indications de pression sur les cordes. N’oublions pas l’utilisation ou la création de « Smart Shapes » (lignes avancées) qui est un outil précieux en musique contemporaine.

Finale ou Sibelius ?

Comme dans n’importe quel autre domaine, certains outils sont plus appropriés pour réaliser une tâche que d’autres. En tant que copiste, il ne faut donc pas hésiter à apprendre les fonctions les plus avancées de chaque logiciel. C’est d’ailleurs pourquoi certains qualifient souvent Finale de logiciel « compliqué ». En contrepartie, les fonctions du logiciel permettent des possibilités très étendues et une grande précision.

Par exemple, pour masquer les hampes de notes, Finale offre l’outil « Custom Stem », l’utilisation d’un « Staff Style » ainsi qu’un « Plug-in ». L’outil « Note Shape », l’utilisation de « Staff Style » ou de « Plug-in » peuvent, entre autre, modifier les têtes de notes. Cela permet de choisir la meilleure méthode selon le contexte, que l’on veuille modifier quelques entrées non contiguës dans une mesure ou affecter toutes les entrées de plusieurs mesures d’un seul coup. À l’opposé, Sibelius est souvent qualifié d’intuitif, mais offre à ce chapitre moins de possibilités. Il en est de même pour la correction des fautes d’orthographe dans une partition. En effet, avec Sibelius, il faut rechercher toutes les occurrences d’un texte d’expression et effectuer la même correction autant de fois qu’il est présent. Dans Finale, chaque mot ou texte se retrouve dans une boîte d’expressions et est utilisé plusieurs fois. La correction se fait donc une seule fois à partir de cette boîte. Toujours en comparaison avec Sibelius, Finale offre aussi, selon moi, plus de possibilités pour créer des divisions de temps (n-olets) et des chiffres indicateurs de mesures complexes.

Ainsi, pour les divisions de temps, Finale permet de rentrer « cinq doubles croches pour trois croches », comme on peut en voir dans la musique de Claude Vivier. Cette façon de faire peut aussi être très utile dans la réalisation de musique non mesurée ou non synchrone évoquée plus haut. Les crochets de ces divisions du temps sont totalement modifiables. Pour ce qui est des chiffres indicateurs de mesure, Finale permet des mesures composées comme 2/4+6/8, etc., ce qui ne fait pas partie des choix prédéfinis de Sibelius.

Par ailleurs, ni Sibelius ni Finale ne permettent à une appoggiature d’être dans une clé différente de la note principale à laquelle elle se rattache. Toutefois, on peut contourner ce problème en ajoutant une clé sous forme de symbole, en utilisant un signe d’octava bassa, ou bien en utilisant deux portées. Les deux logiciels ont en commun d’offrir des symboles pour noter les quarts de ton. Ils intègrent aussi des plugiciels et permettent l’utilisation de plugiciels développés par des tiers, ce qui est d’une grande utilité. Enfin, ce qui est non négligeable, Sibelius et Finale peuvent s’échanger leurs données grâce à l’exportation et l’importation de fichiers XML.

En conclusion, Sibelius et Finale sont deux logiciels de notation professionnels, relevant toutefois d’une pensée différente. Les outils qu’ils proposent, bien qu’ayant encore leurs limites, doivent être bien maîtrisés afin de traduire une pensée musicale parfois complexe. Les compositeurs et les copistes de musique contemporaine, avec leurs exigences très spécifiques, demeurent une clientèle minoritaire. Espérons que malgré cela, les efforts des concepteurs se porteront encore sur leurs besoins.

On trouvera des plugiciels gratuits pour Finale sur www.bit.ly/2AVuTii, ainsi que de précieux conseils sur le forum Finalisons au www.bit.ly/2AUA0Q2.

Site web d’Odile Gruet : www.odilegruet.com

La Scena Musicale - Coffret Découverte
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