Une supplémentaire pour Carmen à l’Opéra de Montréal

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Montréal, le 15 août 2018 L’Opéra de Montréal est fier d’annoncer l’ajout d’une 5e représentation pour l’opéra Carmen de Bizet, le 13 mai 2019. Il s’agit d’une toute nouvelle production conçue et mise en scène par le célèbre cinéaste québécois Charles Binamé. Après plus de 14 ans d’absence à la compagnie, Carmen attire déjà le public en très grand nombre!

Une première pour le cinéaste Charles Binamé

Charles Binamé (auquel on doit, entre autres, Eldorado, Maurice Richard et Un homme et son péché) signe sa première mise en scène d’opéra, expérience qu’il décrit comme « un rêve inespéré pour un metteur en scène, tant cet art est une somme émouvante de moyens humains et techniques mis en mouvement pour rendre toute la dimension d’un récit ». Sous la direction de Binamé, une distribution canadienne exceptionnelle permet au public de plonger dans l’âme des personnages et d’expérimenter pleinement la musique vibrante de Bizet. Dans les mots du metteur en scène, « l’hymne à la liberté de Carmen est ce cri au-delà des entraves d’une société qui cherche ses repères dans un siècle où l’exotisme et les préjugés ont bon vent, et où les tandems raison et passion, vie et mort, vont s’emboutir dans une collision inévitable ». Patrick Corrigan, directeur général de l’Opéra de Montréal, souligne : « L’Opéra de Montréal souhaite être le lieu où peuvent se réunir des artistes excitants de notre terroir et de toutes les disciplines pour faire de l’opéra qui parle de nous au monde entier. »

Il est également à noter que la 38e saison de l’Opéra de Montréal se mettra en branle dès le samedi 15 septembre avec la présentation de Rigoletto. Deux Canadiens en seront les têtes d’affiche : le baryton James Westman (Rigoletto) et la soprano Myriam Leblanc (Gilda).

Distribution de Carmen

Une jeune distribution dynamique aborde Carmen avec l’énergie et la fougue nécessaires pour donner vie à ce drame passionnel d’une puissance inégalée, témoignant ainsi des incroyables talents réunis au Canada. Après son succès dans le rôle de Sadia (Starmania Opéra de Luc Plamondon), Krista de Silva incarne Carmen, une femme d’une force extraordinaire qui devra payer de sa vie son désir de liberté. À ses côtés dans le rôle de Don José, un brigadier dominé par sa passion maladive pour elle, on retrouve Antoine Bélanger, un des ténors lyriques parmi les plus en vue au Canada. La soprano France Bellemare et le baryton Christopher Dunham, formés à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal et déjà engagés dans des carrières internationales prometteuses, complètent ce quatuor amoureux dans les rôles de la jeune et innocente Micaëla et du viril toréador Escamillo. Pascale Spinney (Mercedes), Magali Simard-Galdès (Frasquita), Cesar Naassy (Zuniga), Éric Thériault (Remendado) et Dominique Côté (Le Dancaïre) complètent cette distribution éclatante. L’Orchestre Métropolitain et le Chœur de l’Opéra de Montréal font vibrer la musique de Bizet sous la baguette expérimentée d’Alain Trudel. Les éclairages d’Alain Lortie mettront en valeur les magnifiques décors d’Olivier Landreville et costumes de Dominique Guindon.

L’histoire : Le prix de la liberté

Carmen est une femme libre et libérée, qui veut vivre l’amour, sa sexualité et la vie comme bon lui semble. Don José, un brigadier de bonne famille habitué à réprimer ses désirs, n’y réussit plus une fois qu’il rencontre Carmen, qui éveille en lui un désir de liberté qui le porte même à déserter et à abandonner sa fiancée Micaëla et sa mère. Incapable d’assumer la responsabilité de ses choix et d’accepter Carmen pour la personne libre qu’elle est, Don José se désintègre psychologiquement.

Carmen nous présente l’affrontement mortel entre Carmen, une femme « gitane » issue d’un milieu populaire et Don José, un homme blanc issu d’un milieu aisé, telle une corrida. La puissance de cet opéra réside dans le fait qu’à la fin, nous ne savons pas si Carmen était le matador ou le taureau…

Carmen, l’œuvre d’une vie

Après des années sans direction claire, une multitude de projets commencés et ensuite abandonnés et quelques opéras terminés ayant rencontré peu d’enthousiasme auprès des critiques, Georges Bizet trouve enfin sa voix avec Carmen. Ce sujet inspire sa musique la plus originale, amenant le compositeur à intégrer des éléments musicaux issus de cabarets (comme la pièce afro-cubaine de Sébastián Yradier El Arreglito, qui deviendra la fameuse « Habanera » de Carmen), à une musique riche en couleurs et chromatismes tout en innovant quant aux formes de l’opéra français. Dans les mots de la musicologue Susan McClary, « le scandale – et aussi le génie – de Carmen réside dans la décision de Bizet de réunir ces deux mondes mutuellement exclusifs (des symphonies et des opéras respectables d’un côté et des bordels et cabarets de l’autre), ses polarités à la Jekyll et Hyde, sur la scène de l’Opéra-Comique. Le genre de l’opéra n’a pas été pareil depuis » (« Carmen as Perennial Fusion : From Habanera to Hip-Hop », 2005, p. 205). Malheureusement, l’originalité de sa musique (traitée de « musique cochinchinoise » par le directeur de l’Opéra-Comique), l’audace de présenter un personnage féminin aussi « dangereux » et son meurtre brutal sur scène ont compliqué les répétitions de Carmen, retardé son arrivée devant le public et inspiré une première réception très critique de l’œuvre. Malgré ses quelques défenseurs et le nombre élevé de représentations de l’opéra, Bizet se sentait démoralisé et stressé. Il est mort subitement le 3 juin 1875, la nuit de la 33e représentation de Carmen, à seulement trente-sept ans, sans savoir que son nom resterait à jamais gravé à la postérité et en nous laissant le regret de tout ce qu’il aurait pu continuer à contribuer à l’opéra français.  

Bien que Carmen ait dû attendre 1883 avant de pouvoir réapparaître sur les scènes françaises, dès 1875 il connaissait un succès retentissant en Autriche et en Allemagne, se répandant avec une rapidité fulgurante à travers le monde entier. L’énergie dramatique qui pulse à travers cette œuvre, la force de ses personnages (avec toutes leurs ambivalences) et la puissance de sa musique lui donnent une dimension universelle, reconnue même par le philosophe allemand Friedrich Nietzsche. Dans Carmen, rien n’est blanc ou noir, personne n’est entièrement bon ou mauvais. Cette incertitude nous perturbe et nous pousse sans cesse à revisiter l’histoire de Carmen pour y trouver de nouvelles réponses. Un des opéras les plus joués au monde dont on a aussi fait plus de quatre-vingts adaptations cinématographiques, Carmen nous hante et nous habite, nous confrontant avec force à la question intemporelle du prix de la liberté.

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