Tara-Louise Montour et l’OCM: la beauté des mélodies traditionnelles autochtones

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Avez-vous déjà entendu l’enveloppant Adieu aux guerriers de Régent Levasseur ? L’Orchestre classique de Montréal le présente dans le cadre de sa 82e saison intitulée Femmes d’exception avec le remarquable concerto de 18 minutes pour orchestre à cordes, harpe et tambour, dans une orchestration du polyvalent mélodiste. Tara-Louise Montour a enregistré l’œuvre avec l’Orchestre symphonique de Thunder Bay et l’album avait valu à l’ensemble une nomination aux prix Juno (2005). « Je suis heureuse, dit Tara-Louise Montour, que l’OCM m’invite à compléter le programme de Contes et mélodies, le premier concert de sa saison, et je pense que L’Adieu aux guerriers s’y glissera parfaitement, d’abord par sa thématique, puisque la soirée commence par un hommage à la poète innue Joséphine Bacon, mais aussi par son aspect narratif, puisque que le morceau raconte une véritable histoire et fait naître des images sous nos yeux. » Ce concerto est en effet un authentique poème musical.

« Je suis née dans la Première Nation mohawk de Kahnawake et même si j’ai été adoptée tout bébé, le lien avec ma communauté d’origine ne s’est jamais rompu; j’ai donc voulu trouver une pièce musicale qui puisse représenter ce que je ressens comme femme autochtone et musicienne classique », reprend Tara-Louise Montour. La soliste, une ancienne lauréate du concours d’instruments à cordes de l’OSM, titulaire d’une licence en musique de l’École de musique Schulich de l’Université McGill et d’une maîtrise en interprétation musicale de la Northern Illinois University, s’est donc mise en quête d’une partition pour violon, d’une pièce pour violon et orchestre ou pour un autre instrument ou même pour voix, afin de jouer une pièce d’influence autochtone – sans rien trouver. « Je me souviens de la frustration croissante d‘être incapable de présenter une œuvre digne de la richesse de la culture des Premières Nations, au point où j’ai ressenti l’urgence d’utiliser la musique classique comme outil pour amener au public la beauté des thèmes et des mélodies traditionnelles autochtones. » Puis, gagnant en maturité, la violoniste réalise qu’elle peut travailler à la réalisation de son objectif afin d’enrichir à son tour le répertoire.

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Un chant ojibwé enregistré sur des cylindres de cire

Tara-Louise Montour multiplie alors les demandes de bourses et sollicite Réjean Levasseur, qu’elle connaît puisque le compositeur est aussi violoniste. Après des mois de recherches dans les bibliothèques, ce dernier lui fait écouter L’Adieu aux guerriers, un chant enregistré sur des cylindres de cire que les femmes ojibwées entonnaient avant le départ des hommes pour la guerre. Et c’est le coup de cœur. « Les voix des femmes étaient presque inaudibles, mais c’était extraordinaire de beauté. » Réjean Levasseur travaille longtemps sur le thème qu’on entend en ouverture pour que les cordes rendent l’effet de la mélodie chantée et il le développe ensuite en une quinzaine de variations. Des passages guerriers, d’autres plus paisibles se succèdent, le public contemple le passé, l’avenir, expérimente une sorte d’effet cathartique et sort grandi de cette œuvre qui exprime une victoire sereine. « Étant une interprète, travailler aussi intimement avec un compositeur pour créer une œuvre, pouvoir influer sur ne fût-ce que modestement sa genèse, au chapitre des variations, par exemple, a été un privilège », confie la musicienne.

L’actuel directeur artistique de l’OCM Boris Brott, et avant lui, son père Alexander ont toujours eu un profond amour et un grand respect pour la culture autochtone du Canada. Présenter annuellement la musique de compositeurs autochtones est un mandat important de l’orchestre, qui a notamment joué des œuvres de Barbara Croall (compositrice de la Première Nation outaouaise) et Tomson Highway (dramaturge, écrivain, compositeur et pianiste cri) et bien entendu le fameux Trickster Coyote-Lightning Elk de Malcolm Forsyth, une autre œuvre ambitieuse sur les mythes de la création autochtone, aussi commandée par Tara-Louise Montour. « Quand je suis revenue de Virginie, Boris m’a offert un poste à l’Orchestre classique et il a affirmé que la programmation inclurait dorénavent des compositeurs autochtones, que la cause était importante et que l’OCM devait y sensibiliser le public et profiter du fait qu’on ne s’attendait pas à entendre parler du sujet dans une salle de concert classique », explique Tara-Louise Montour. Une grande partie de la réconciliation se fera par la sensibilisation et par l’art, souligne-t-elle simplement.

Une œuvre dans l’air du temps 

« Avant de l’interpréter, je mets toujours L’Adieu aux guerriers en contexte et je me recentre pour être certaine de bien communiquer verbalement et musicalement. J’évoque les voix de ces femmes que j’ai entendues sur ce cylindre il y a plusieurs années et je pense à mon violon, un Testore fabriqué au XVIIIe siècle – il est ma voix pour relayer ces chants ancestraux », reprend la musicienne. La culture autochtone a subi tant de dommages, il est temps de la ranimer. En tant qu’autochtone, fille et petite-fille de survivants des pensionnats, mère de jeunes enfants et être humain, la découverte de centaines de corps d’enfants aux alentours d’anciens pensionnats lui brise le cœur, mais elle est reconnaissante que la lumière soit enfin faite, car ces effroyables histoires étaient connues dans les communautés. « Mon cœur est affecté par ces nouvelles, mais ma fierté d’appartenir aux Premières Nations est galvanisée. »

« Créé en 1999, L’Adieu aux guerriers a toujours été très bien reçu, mais l’éducation du public, son éveil et le mouvement de réconciliation, font que ce concert est une bonne occasion de présenter à nouveau cette œuvre et je crois que le public l’accueillera avec une plus grande ouverture .» Allégorie prémonitoire de la réconciliation, L’Adieu aux guerriers est une vague de douceur et de respect par laquelle il faut se laisser porter.

L’Adieu aux guerriers, le 23 novembre à la salle Pierre-Mercure et en webdiffusion jusqu’au 7 décembre 2021. www.orchestre.ca

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