La peur entourant le chant est exagérée, selon les directeurs de chorale canadiens

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La lettre suivante a été écrite par un consortium de chefs d’orchestre et de directeurs généraux en réponse à deux articles publiés par la CBC :

Le Canada est un pays de traditions chorales dynamiques, composées non seulement d’ensembles choraux professionnels de renommée mondiale, mais aussi de chœurs communautaires et de jeunes, de groupes vocaux de chambre, de chœurs d’opéra et de chœurs d’église. Les articles récents, basés sur des informations périmées, insuffisamment documentées, anecdotiques et sensationnalistes, nous concernent tous. Face aux nouvelles preuves qui apparaissent chaque jour sur la manière et le moment où divers services essentiels de l’économie peuvent commencer à reprendre leurs activités habituelles, nous espérons que le riche secteur de la musique chorale canadienne – y compris les répétitions et les concerts – sera traité avec la même attention que celle accordée aux centres de remise en forme et aux gymnases, aux restaurants, aux bars, aux salons de coiffure, aux voyages en avion et aux écoles dans tout le Canada.

Récemment, plusieurs ensembles européens ont repris les répétitions et les représentations et des festivals d’été, tels que le Festival de Salzbourg en Autriche, le Festival Rossini de Pesaro et le Festival Puccini de Torre del Lago en Italie ainsi que le Bachfest Leipzig version modifiée en Allemagne, ont déjà eu lieu ou auront lieu cet été, proposant notamment des opéras et des concerts de chorales et d’orchestres.

Suite à la publication de nouvelles études provenant de diverses sources mondiales qui réévaluent les affirmations antérieures sur le risque du chant et la transmission de la COVID-19, nous pensons qu’un nouveau dialogue doit s’engager pour garantir un retour sécuritaire et prudent au chant choral dans nos communautés, sur un pied d’égalité avec la réouverture d’autres secteurs. Le chant et la musique chorale représentent non seulement le gagne-pain de nombreuses personnes dans ce pays, mais ils ont un impact substantiel sur l’économie du pays ainsi que sur la santé mentale et le bien-être personnel et social des individus.

Le Dr Christian Kähler et le Dr Rainer Hain, de l’Institut de mécanique des fluides et d’aérodynamique de l’Université militaire de Munich, ont mené une nouvelle recherche scientifique récente sur le risque de contracter le coronavirus en chantant et en jouant d’un instrument à vent. L’étude conclut que « l’air n’est mis en mouvement qu’à proximité immédiate de la bouche lorsqu’on chante… les expériences ont démontré qu’à une distance d’environ 0,5 m, presque aucun mouvement d’air ne peut être détecté, quels que soient le niveau sonore et la hauteur du son. Il est donc peu probable que le virus puisse se propager au-delà de cette limite par le flux d’air créé pendant le chant ». Ils ont déterminé que, pour les chanteurs séparés par une distance de 2 m (bouche à bouche), la propagation de gouttelettes de plus grande taille et d’aérosols est extrêmement improbable. La taille de la pièce et la ventilation sont, bien sûr, également importantes pour la prévention, ainsi que le port de masques.

Le Dr Kähler, à qui le gouvernement allemand a demandé de créer un ensemble de directives pour réglementer officiellement la réouverture de la pratique musicale en Allemagne, écrit : « J’ai conseillé de nombreux chœurs et ensembles ces dernières semaines sur la manière de faire de la musique en toute sécurité… de nombreux chœurs et musiciens chantent déjà et jouent à nouveau dans les pays germanophones. Nos mesures protègent également contre l’infection par les gouttelettes et les aérosols. Je ne sais pas pourquoi les gens ouvrent des gymnases et des restaurants, mais pas le secteur de la musique. Les restaurants sont beaucoup plus dangereux… si vous parlez face à face sur de courtes distances, le risque d’infection est beaucoup plus élevé que si vous chantez derrière quelqu’un. »

L’étude intitulée Évaluation du risque d’infection par coronavirus dans le domaine de la musique, réalisée par l’Institut de médecine des musiciens de Fribourg, conclut que « deux mètres de distance suffisent pour qu’il n’y ait pas de risque accru d’infection par les gouttelettes… le risque d’être infecté par le chant n’est pas plus élevé que par la parole ». Ils affirment également que « chanter dans de très grands espaces clos tels que des salles de concert et des lieux de culte semble être très favorable ». L’une des principales responsables de la santé en Colombie-Britannique, la Dre Reka Gustafson, a déclaré début juin sur CTV News Vancouver que « l’écrasante majorité des transmissions (de la COVID-19) se produisent à la suite d’un contact étroit et prolongé ».

Les rapports précédents contenaient des anecdotes au sujet de foyers de « super-diffusion » qui se sont produits dans des chorales à Washington, Amsterdam et Berlin pendant les premiers jours de la pandémie, avant que des mesures de confinement ou de distanciation physique soient mises en place. Depuis, d’autres informations publiées ont permis de relier les éclosions à des circonstances autres que le chant, pourtant ces incidents malheureux et isolés sont toujours cités comme preuve du caractère « mortel » du chant pendant la crise de la COVID-19.

Bien que nous jouions un rôle consultatif, nous approuvons certainement le maintien des recommandations de la communauté médicale et de la santé publique sur la distanciation physique, le lavage des mains, une ventilation adéquate et le port du masque. Toutefois, nous demandons un dialogue plus collaboratif pour établir des lignes directrices sur la réouverture de cet important secteur de la société, comme cela s’est produit dans des industries ayant des préoccupations similaires en matière de santé. Isoler une activité importante qui a un impact si sensible sur la culture, l’histoire, l’économie, le tourisme, l’éducation et la santé mentale du Canada est problématique et ne constitue pas une manière équilibrée, positive et sûre de s’engager dans l’avenir.

Le chant choral est un service essentiel – il est une expression puissante et nécessaire de notre humanité collective et doit aller de pair avec la reprise de tous les autres services essentiels de notre société.

Lydia Adams

LYDIA ADAMS,
CHEFFE D’ORCHESTRE ET DIRECTRICE ARTISTIQUE, ELMER ISELER SINGERS (TORONTO) ET 22 AUTRES PERSONNES.
23 JUIN 2020

 

 

Note de la rédaction : le chant choral et la COVID-19 constituent un sujet en pleine évolution qui fait fréquemment l’objet de nouvelles recherches et de nouveaux points de vue. Visitez le site www.maSCENA.org pour connaître les dernières mises à jour.

 

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