Laisser la musique parler

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« Ce soir, nous retrouvons la musique et la liberté », lance l’animateur Georges Nicholson, en s’adressant à l’auditoire devant lui comme à celui en webdiffusion le 17 juin dernier. Quel lieu plus somptueux que la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue pour accueillir cet évènement resté près d’un an noyé sous les ravages de la pandémie, comme un clin d’œil à ce saint que l’on invoque pour retrouver ce qui a été perdu. C’est appuyée par la SMCQ ainsi que par l’ensemble Oktoécho que la directrice artistique, également flutiste, Marie-Hélène Breault, accompagnée de huit autres musiciens, présente enfin ce concert rendant hommage aux œuvres de la compositrice libano-québécoise Katia Makdissi-Warren. Cette soirée est agrémentée par les oeuvres de Caroline Lizotte et Marc Hyland. Le programme proposant des créations musicales du 21e siècles tisse un lien peu commun entre les cultures occidentales, orientales et autochtones à travers les époques.

Trame de fond de ce concert…tous ces dialogues qui s’entrechoquent, se mêlent et s’enrichissent au fil du temps. D’abord, celui qui a permis l’édification du projet et qui retrace l’étroite collaboration de longue date entre Breault et Makdissi-Warren. L’écriture musicale de cette dernière, dépourvue de toutes frontières, est empreinte de liberté et de confiance envers les interprètes qui ont le loisir d’y voguer entre partition et improvisation.

Autre dialogue, cette connexion manifeste entre les artistes et leur musique. Tous les musiciens demeurent précis dans leur exécution, bien ancrés dans leur jeu et agréablement expressifs. Notamment, la flûtiste Breault, dans l’œuvre d’entrée Dialogue du silence, qui embrasse la langueur de cette pièce. Elle laisse les sons se perdre dans l’espace et dose ainsi avec précision la durée des silences, juste assez pensifs pour captiver l’auditeur. Dans la pièce Dialogue de l’écho, qu’elle a créée à partir des réverbérations émanant des moments silencieux du premier morceau, elle utilise judicieusement la technique de spatialisation pour faire converser quatre lignes mélodiques de flûtes qui fusent de points différents de l’espace. L’œuvre témoigne de son écoute attentive de la musique. Mentions spéciales… À la pianiste Pamela Reimer pour sa solidité. Au harpiste Antoine Malette-Chénier qui laisse le temps à la musique de l’habiter en respirant fluidement avec elle. Aux voix de Ghislaine Deschambault et Vincent Ranallo pour leur délivré passionné et chaleureux. Soulignons aussi la symbiose entre musiciens qui est indéniable tout au long de ce concert. Petit bémol à certains moments où le piano engloutit un peu le son de la harpe, sans doute accentué par la captation pour la transmission à distance.

Dialogue de plus entre les auditeurs et la musique… Les sons qui se répercutent sur les murs de la cathédrale semblent venir nous parler. Apaisantes plutôt que flamboyantes, les volutes sonores d’une douceur méditative nous atteignent, nous hypnotisent, nous racontent des histoires. Dans la pièce Jetstream, inspirée des bruits de deux courants marins qui se heurtent, le marimba par ses sons creux et par sa rythmique moyen-orientale imite une avalanche de gouttes d’eau froides alors que la flûte par ses mélodies gracieuses s’apparente davantage au mouvement d’un flot chaud. Dans la pièce La Madone op.43, pour livrer une histoire d’amour maternel, le harpiste semble faire vivre trois instruments au sein de sa harpe… une voix qui fredonne une complainte envoutante à son enfant, un piano rappelant le va-et-vient d’une balancelle par ses arpèges incessants, puis grâce à son jeu de pédales générant des sons ésotériques, une contrebasse évoquant le grincement d’un plancher. C’est ainsi qu’un panache de techniques instrumentales sont déployées pour nous renvoyer des images, particulièrement avec la flûte. Cette dernière avec ses sons microtonaux, percussifs (coups de langue), frémissants (roulements de gorge), éoliens (souffle très présent) ou encore avec vibrato, apporte perpétuellement de nouvelles couleurs, sans oublier le timbre solennel et puissant de la flûte contrebasse!

Finalement, ce concert présente également un dialogue entre cultures et époques… Moment si rafraîchissant de se perdre dans cet univers atypique totalement imprévisible, tout en contemplant l’architecture byzantine-gothique de cette cocathédrale restaurée où l’ancien cohabite harmonieusement avec le contemporain, où l’Orient et l’Occident se marient pour quelques temps… comme un reflet au propos musical. En exemple, la pièce La Dame du Nil, écrite en l’honneur de l’unique et très avant-gardiste reine-pharaon de l’Égypte ancienne, Hatchepsout. Cette dernière lie un mode occidental avec des enchaînements et des rythmes moyen-orientaux sur un instrument moderne aux racines égyptiennes antiques.

Mystérieux, envoûtant et intemporel, Dialogues ne catégorise pas la musique. Il la laisse parler en toute simplicité dans un esprit d’universalité…
Léa Saurette

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