Navigation sur: L’hebdo Lebrecht

Les journalistes ne choisissent pas toujours très bien les titres de leurs articles, sachant que, dans quelques jours, leur nouvelle ne sera plus d’actualité. Les artistes, eux, ne peuvent se permettre la même insouciance avec les titres de leurs œuvres. La présentation dans ce cas-ci ne reflète pas le contenu. Je vous le dis pour vous éviter d’aller harceler un pauvre marchand de disques en réclamant qu’il vous rembourse. Le Quatuor à cordes no 2 d’Erich Wolfgang Korngold et les Cinq pièces pour quatuor à cordes d’Erwin Schulhoff n’ont à peu près rien de yiddish. Les principales influences de Korngold étaient…

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À première écoute, ces trois concertos pour violon de 1790 ressemblent à ceux de Haydn. On pourrait même croire que le second d’entre eux est de Mozart, si nous ne savions que Mozart n’a écrit que cinq concertos et que ceux-ci sont numérotés de 13 à 15. Qui était donc ce Giornovichi pour écrire de si belle manière, et pourquoi n’avons-nous jamais entendu cette musique auparavant (il s’agit, en effet, d’une première mondiale) ? Giornovichi était, entre autres choses, bien connecté. Croate d’origine, dont le nom peut être mal orthographié d’au moins trente façons différentes, il a été élevé à Palerme,…

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Si vous n’avez pas entendu parler de Grace Williams (1906-1977), ce n’est pas entièrement dû à une vilaine répression machiste : dans les années 1920 les compositrices émergeaient et elles recevaient de forts d’encouragements. D’ailleurs, la compositrice galloise étudiait à Londres avec Ralph Vaughan Williams à peu près au même moment que ses deux consœurs Elizabeth Maconchy et Imogen Holst. Williams était particulièrement amie avec Benjamin Britten, comme en témoignent les lettres conservées. Elle est restée à Londres dans les années 1930 et prenait ostensiblement part à la vie musicale de la ville. Elle a commencé à souffrir de dépression pendant la guerre…

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Busoni est un phénomène, un des esprits musicaux les plus fascinants de son époque – le seul pianiste que Mahler considérait comme étant de la même trempe que lui intellectuellement. Sa musique n’est souvent pas à la hauteur de ses idées et on pourrait être tenté de n’y voir aucun intérêt. Il y a cependant, chez Busoni, quelque chose qui retient l’attention, au cas où on en manquerait à la première écoute. Le Concerto pour piano, paru en 1904, est un bon exemple. Il sonne, en grande partie, comme une longue symphonie – 72 minutes, ma foi ! – durant laquelle…

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La lettre par laquelle la violoniste anglaise Tasmin Little m’annonce qu’elle se retirera dans deux ans, à 55 ans, arrive à peu près en même temps que sa dernière sortie d’album sur Chandos. Des disques de Tasmin Little, artiste prolifique dont les programmes s’écartent souvent des sentiers battus, on en a vu plusieurs ces dernières années. Celui-ci est composé de musiques écrites par des femmes – Amy Beach, Ethel Smyth et Clara Schumann – et il se dégage de l’ensemble une sensation de finalité qui rend son écoute encore plus poignante. Aucune des deux premières compositrices mentionnées ne peut prétendre…

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Il y a eu ceux que Staline a assassinés ou réprimés, il y a eu ceux qui sont partis à l’étranger et il y a eu ceux, rares, qui sont restés au pays et qui ont gardé le silence pendant la plus grande partie de leur vie. Je pensais les connaître tous, mais le pianiste new-yorkais Vladimir Feltsman a rassemblé une brochette de talents en marge, qui ajoutent chacun une dimension vitale à l’image russe. Alexei Stanchinsky (1888-1914) était une figure comparable à Scriabine, qui écrivait des sonorités vaguement modernes et souffrait de moments d’absence. Il s’est noyé deux mois…

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Je ne pense pas trop m’avancer en disant qu’il n’existe pas encore d’exécution satisfaisante de cette œuvre troublante. Lorin Maazel l’a dirigée pour DG avec une intervention minimale. Michael Gielen a fait paraître un enregistrement d’un concert radiophonique assez leste. Riccardo Chailly l’a abordée avec le Concertgebouw au début des années 1990 – la meilleure version jusqu’ici, même si elle demeure encore éloignée, selon moi, de l’essence de l’énigme Zemlinsky. La Symphonie lyrique est la seule œuvre majeure à prendre la forme de Das Lied von der Erde. Outre que les mezzos et les ténors ont été remplacés par des…

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Vous êtes-vous déjà demandé ce que Henryk Mikolaj Górecki avait fait avant de toucher le gros lot avec sa troisième symphonie vendue à un million d’exemplaires ? Le sage de Katowice n’a jamais adhéré à aucune doctrine ni à aucun style, se permettant de passer du modernisme au minimalisme avec tout ce qu’il y avait entre les deux. Son premier quatuor à cordes, commandé par la quatuor Kronos en 1988, s’intitule « Already it is dusk » et semble regretter le dernier jour avec ses fragments méditatifs, comme pour suggérer que rien n’est jamais fini. Le deuxième quatuor, écrit trois ans plus tard,…

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Un autre album à thème, mais pour une fois un thème d’actualité. Ian Bostridge a choisi des œuvres de deux compositeurs tués lors de la Première Guerre mondiale et de deux autres qui ont connu la terreur de la guerre sans l’avoir vécue. Les chansons de George Butterworth d’après le recueil de poèmes de A. E. Houseman A Shropshire Lad illustre à la fois l’intemporalité du paysage anglais et le désespoir des jeunes hommes dans les tranchées. Bostridge est déchirant dans ses lignes de falsetto dans « Is my team ploughing? », l’appel d’un soldat tombé au combat. Butterworth est mort d’une…

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Dans une avalanche d’albums thématiques – c’est ce dont les bureaux des maisons de disques raffolent de nos jours plutôt que de nouveaux talents – la sortie de la diva canadienne donne vraiment l’impression de signifier quelque chose. Pas la photo de couverture, qui la montre en train de flirter avec un type dans la forêt, mais le contenu, qui comprend des chansons de Schoenberg, Webern, Zemlinsky, Berg et Hugo Wolf, avec une aberration politiquement correcte à laquelle nous reviendrons dans un instant. Quatre lieder de jeunesse de Schoenberg, opus 2, sont si proches de Mahler qu’elles sont sentimentales au…

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