Navigation sur: L’hebdo Lebrecht

Durant le rigoureux processus de relecture des épreuves pour mon prochain livre, j’avais besoin d’une ambiance musicale qui pourrait m’aider à tenir le rythme sans me distraire par un excès d’inventivité. J’ai pensé : Hindemith, qui d’autre ? Le compositeur allemand, condamné par les nazis comme étant un moderniste dangereux, n’a jamais été qu’un conservateur de nature cérébrale possédant une oreille pour la forme correcte. Exilé à Istanbul, puis à Yale, il a tiré des larmes à ses étudiants en les assaillant de leçons théoriques rigoureuses et d’un nombre incalculable d’exercices techniques cruels censés faire d’eux de meilleurs êtres humains. Le Ludus…

Partager:

Sally Silver, surnommée « Silver Sally », est décédée en novembre dernier d’un cancer à l’âge de 50 ans. Sa mort a jeté une ombre sur l’opéra britannique, dont elle était une actrice dynamique et très engagée. N’ayant jamais été une diva clinquante, Sally a décroché des rôles dans des opéras divers allant de Haendel à Thomas Adès, en privilégiant le répertoire français. Ce disque posthume – réalisé par Sally, accompagnée de son ami Richard Bonynge, et produit par son mari Jeremy Silver – est un délice du début à la fin. Ce n’est pas seulement l’étincelle qu’elle confère aux airs de…

Partager:

Nous abordions, la semaine dernière, Mozart en format réduit pour quatre instruments. Comme un malheur ne vient jamais seul… voici une série inédite d’enregistrements de trois symphonies de Haydn transcrites pour piano solo. Qu’est-ce que l’avenir peut encore nous réserver, Wagner à la mandoline ? Deux choses ici sauvent la mise. D’abord, la transcription de Carl David Stegmann (1751-1826), habile et ingénieuse, ouvre l’oreille à des hauteurs jamais vraiment envisagées par le compositeur. Ensuite, l’interprétation du pianiste serbo-américain Ivan Ilić présente une touche de gaieté, d’espièglerie même, qui nous encourage à ne pas prendre la musique classique aussi sérieusement qu’elle s’affiche.…

Partager:

À une époque où les grosses maisons de disques propulsent les vedettes et les marques, les maisons indépendantes ont tout le loisir d’y aller avec le contre-courant, l’excentrique ou le carrément décalé. Quelle personne avertie qui se respecte, par exemple, payerait pour entendre les œuvres orchestrales majeures de Mozart condensées pour convenir à un studio de Brooklyn ou de Lewisham ? Mozart réduit au format poche par ses principaux rivaux Hummel, Cramer et Clementi : est-ce vraiment nécessaire ? Eh bien, oui, oui, oui ! Il est absolument captivant d’entendre le Concerto pour piano en ut majeur, K. 467, joué au piano, à la…

Partager:

L’Orchestre symphonique de Bamberg a été formé en 1946 par des membres de la diaspora allemande expulsés par les Tchèques en représailles de l’occupation nazie. Établi en Bavière, l’orchestre a acquis un son très différent de celui des orchestres de Munich et même des autres orchestres de la nation. Joseph Keilberth dirigea l’ensemble avec distinction pendant 20 ans, succédé par Horst Stein. Depuis le début du siècle, le son a perdu un peu de son originalité sous la direction du chef britannique Jonathan Nott. Aujourd’hui, il est rassurant de voir le chef tchèque Jakub Hrůša réintégrer dans le répertoire traditionnel…

Partager:

Le compositeur grec Nikos Skalkottas est décédé des suites d’une hernie perforante en 1949, peu après la naissance de son deuxième fils. Il avait 45 ans et était encore totalement inconnu. Sa santé avait été durement affaiblie par un internement dans un camp pendant l’occupation allemande. Doué d’un esprit assoiffé, Skalkottas s’était inscrit dans la classe d’Arnold Schoenberg à Berlin de 1927 à 1932, apprenant l’ultramoderne sérialisme en composition, y intégrant son penchant naturel pour les mélodies méditerranéennes. La présente collection d’œuvres pour piano de l’érudite grecque Lorenda Ramou contient trois premières mondiales, toutes d’un intérêt considérable. Si vous aimez…

Partager:

N’étant pas du genre à laisser le public longtemps sans une nouveauté, Beethoven a écrit cet oratorio en 1803 pour un concert à Vienne qui incluait déjà ses deux premières symphonies et son troisième concerto pour piano. Puisqu’il a achevé l’oratorio le matin même du concert, les répétitions ont été rudes et les musiciens étaient de mauvais poil. Même avec le recul, on ne sait pas trop comment ils ont assimilé cette œuvre épisodique, qui passe d’envolées inspirées au remplissage de notes. Dans les mouvements les plus sublimes – l’introduction orchestrale et l’aria pour ténor Meine Seele ist erschüttert, (« mon…

Partager:

L’une des merveilles de la musique anglaise des dernières années a été l’avènement, en milieu de carrière, de Roderick Williams en tant qu’un des barytons de lieder les plus plaisants à entendre de notre époque. Williams, 54 ans, a chanté Billy Budd et Don Giovanni, entre autres rôles d’opéra. Il est aussi compositeur. Mais c’est avec les lieder qu’il a trouvé sa véritable vocation. Et son chant sur le cycle de l’amour de Schubert capte toutes les couleurs d’un paysage bucolique et la grisaille d’un désir inaccessible. Ce que j’aime particulièrement, c’est que, contrairement à Fischer-Dieskau par exemple, il ne…

Partager:

Cette série de disques très pertinente a abouti à un ensemble d’œuvres plus courtes, offrant une toute nouvelle perspective sur la vie et l’esprit du chef et compositeur voyageur. Dans l’ouverture de Paulus, Mendelssohn joue à des jeux d’énigme avec la figure fondatrice de sa foi. L’ouverture Trompette, opus 101, est littéralement explosive et l’ouverture d’Athalie véhicule une réelle nouveauté. La vérité est que, deux siècles plus tard, nous ne savons toujours pas qui était Mendelssohn. Il est tellement habile à présenter des idées sous un vernis de respectabilité qu’on en vient à se demander si cet homme a connu une…

Partager:

Une soprano en début de parcours livre un premier album tandis qu’une autre sort ce qui devrait être son dernier en carrière. Les contrastes sont trop criants pour être passés sous silence. Lise Davidsen, originaire de Norvège, a capté l’attention au Concours Kathleen Ferrier il y a quatre ans, bien que sa voix sonne plus Flagstad que Ferrier. C’est un véritable instrument wagnérien, pleinement formé à 32 ans et comparable à un puissant orchestre. Deux arias de Tannhäuser sont relevées ici avec quelque chose comme de la nonchalance, une promenade dans le parc de Bayreuth sous une brise agréable. Les…

Partager: