Navigation sur: L’hebdo Lebrecht

Comme Bertolt Brecht et Hanns Eisler, et avec une réticence égale, Paul Dessau a quitté l’Amérique maccarthyste à la fin des années 1940 pour s’installer dans la République démocratique allemande austère et oppressive. Les trois hommes ont payé cher le fait d’avoir vécu dans l’Occident capitaliste. Dessau, le moins célèbre, a été attaqué par des inquisiteurs du parti et forcé à écrire des hymnes de propagande dans le style attendu du réalisme socialiste. Aux États-Unis, il avait été réduit à travailler dans un élevage de poulets avant que Brecht l’emmène à Hollywood, l’aidant à trouver des contrats comme compositeur pour…

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Il y a d’abord eu J. S. Bach, puis vint Dmitri Chostakovitch. La voie est libre pour ceux qui voudraient s’y aventurer. Je n’étais pas au courant de l’apport de Skempton jusqu’à la sortie de ce disque. Cet Anglais du Nord à l’aube de ses 70 ans est un minimaliste, au sens absolument littéral : il utilise le moins de notes possible afin d’exprimer sa vision. Minimaliste pas qu’à peu près. Sous forme de prélude-fugue, l’ensemble apparaît comme une série d’aphorismes reliés par un noyau tonal et une humeur douce et bucolique. Certaines pièces ne durent pas plus de 40 secondes.…

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Quelqu’un a-t-il entendu parler d’Edvard Grieg récemment ? Le chant de la Norvège se fait plus discret depuis que l’industrie du disque a cessé de présenter le concerto pour piano de Grieg comme un compagnon inconditionnel de Schumann et que l’antre du roi de la montagne s’est transformé en complexe d’habitation. Mis à part ces deux sommets et la musique accessoire de Peer Gynt, il n’y a plus grand-chose à jouer de Grieg et ce qu’il reste est démodé. Ces dernières années, la musique norvégienne a ramené un zéro pointé. Les trois sonates pour violon et piano, écrites à différents moments…

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Qu’est-il donc advenu de la grande symphonie américaine ? À une époque, on en discutait avec autant de ferveur qu’on discute autour d’un verre du grand roman américain. Les meilleurs orchestres des États-Unis vendaient l’idée. Leonard Bernstein de l’Orchestre symphonique de New York mettait au programme de chaque saison une symphonie d’un compositeur américain vivant. C’était il y a un demi-siècle. La GSA n’étant plus au goût du jour depuis un bon moment, c’est presque un plaisir coupable d’écouter deux symphonies de compositeurs que Bernstein admirait. Walter Piston (1894-1976) était l’enseignant de ce dernier à Harvard et Howard Hanson (1896-1981) était…

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Mahler ne croyait pas voir jouer un jour sa Symphonie no 8, la plus grande jamais écrite, conçue pour le grand air et livrée en six semaines, sans révision. Commandée par un imprésario pour Munich en 1910, la symphonie « des Mille » est devenue le plus grand triomphe qu’ait connu Mahler dans sa vie. Il ne l’a jamais dirigée de nouveau et ses deux disciples proches, Bruno Walter et Otto Klemperer, s’en sont abstenus. L’ampleur gigantesque des représentations et leur coût entraînent leur rareté, et les versions de qualité sont encore plus rares. Je peux compter sur trois doigts les grandes interprétations…

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Tandis que l’Australie brûle, que les villes italiennes sont étouffées par le smog et que certaines régions du Canada jouissent d’un dégel inhabituel pour la saison, j’écoute la Symphonie pastorale de Ralph Vaughan Williams, une complainte nostalgique du rythme de vie des années précédant la Grande Guerre. Le compositeur, qui dans sa quarantaine avait été conducteur d’ambulance sur les lignes de front en France, en avait vu trop là-bas pour envisager un retour à l’ancien mode de vie. Ce constat n’a fait qu’alourdir ses regrets. La Symphonie no 3 est une élégie pour les anciens paysages de collines et de broussailles,…

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Il y a 50 ans, en janvier 1970, le jeune Riccardo Muti dirigeait la première en Europe de l’Ouest de cette symphonie avec l’Orchestre de la RAI à Rome et la merveilleuse basse Ruggiero Raim. Le concert était semi « samizdat ». Une des partitions avait transité clandestinement hors de Russie, où l’œuvre avait été bannie pour sa dénonciation de l’antisémitisme soviétique, et les paroles d’Evgueni Evtouchenko avaient été officieusement traduites en italien. Muti, qui n’a jamais oublié, a revisité l’œuvre il y a seize mois avec l’Orchestre symphonique de Chicago. Même s’il est peu versé en matière d’ironies russes, son interprétation…

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****/** L’année ne pourrait pas commencer sur une note plus joyeuse qu’avec Francis Poulenc, et sur une note plus triste qu’avec Charles Koechlin. L’album s’ouvre avec la Sinfonietta peu connue de Poulenc, à l’origine composée comme un quatuor à cordes et jetée, paraîtrait-il, dans un caniveau de Paris après avoir connu l’échec. D’abord jouée à Londres en 1948, la partition est à mi-chemin entre Mozart et Stravinski, ce qui ne lui enlève rien. Même à son plus néoclassique, Igor n’a jamais atteint ce degré de brio. Le passionnant concerto pour piano de Poulenc a été joué pour la première fois…

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Quand j’entends la musique du jeune Dimitri Chostakovitch, je suis toujours stupéfait de son humour cru et subversif. Son talent éclatant se trémoussait dans la première décennie d’une révolution où tout semblait possible et à portée de tous : abondance de travail, repas gratuits, amour libre. Personne ne prévoyait que Staline allait anéantir l’étincelle et l’esprit culturels de cette révolution. Les deux premières mondiales sur cet album sont éloquentes. La Punaise est une comédie écrite par le poète Vladimir Maïakovski, pour lequel Chostakovitch composait des musiques d’accompagnement en 1928-29 à la demande du directeur de théâtre Vsevolod Meyerhold, que le jeune…

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Je suppose que peu de lecteurs connaissent la Sonate en ré, op. 6, de Beethoven. Publiée en 1797, bien qu’elle remonte peut-être à l’adolescence du compositeur, la sonate commence par la première phrase caractéristique de la Symphonie no 5, œuvre qui allait mettre encore une décennie avant d’être achevée. Vraiment ? Comme moi, vous serez peut-être incrédule devant la confiance saisissante qui se dégage de cette composition en deux mouvements. C’est l’aspect le plus remarquable, à part le ta-ta-ta-taaa et la signature particulière de Beethoven qui résonne chaque seconde. Les pianistes britanniques Peter Hill et Benjamin Frith se sont associés pour nous…

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