Navigation sur: L’hebdo Lebrecht

Ces jours-ci, on entend tellement de bêtises à propos de la « décolonisation » de la musique occidentale que nous avons oublié qu’elle n’est pas du tout occidentale. Elle est méridionale et orientale, surgissant autour de la mer Méditerranée et se propageant vers le haut dans le continent européen par un processus de conquête et de suprémacisme culturel. L’Europe a été successivement colonisée par les Grecs, les Romains, les Mongols et les Arabes avant même d’envisager de répandre la « civilisation » dans d’autres parties du monde. Ce nouvel enregistrement nous épargne heureusement le programme de décolonisation. Il mêle la musique des principales cultures…

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Je me demande souvent en écoutant la musique de Silvestrov pourquoi il n’est pas l’un des compositeurs vivants les plus joués. Sa musique est à la fois stimulante mentalement et agréable à l’oreille, magnifiquement construite et étonnamment touchante. Elle devrait faire partie de chaque saison de concerts. Né à Kiev en 1937 et catalyseur majeur de l’avant-garde moscovite des années 1960, Silvestrov a été nommé « l’un des plus grands compositeurs de notre époque » par des collègues aussi distingués qu’Alfred Schnittke et Arvo Pärt. Mais pour ce qui est de l’attention que les chefs d’orchestre occidentaux accordent à sa production, il pourrait…

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Voici qui est une première : un disque qui défie le classement. Lui donner une étoile serait une insulte, deux étoiles une grossière surestimation. L’absence d’étoile est ce qui représente le mieux l’inconfort que je ressens en écoutant John Williams diriger ses partitions pour films avec l’Orchestre symphonique de Vienne. Cela n’enlève aucun mérite à Williams, un chef capable ayant cumulé des années d’expérience en dirigeant l’orchestre Boston Pops. Mais absolument aucun mérite ne va à l’Orchestre philharmonique de Vienne, un orchestre qui a entretenu son pedigree pendant près de 180 ans, uniquement pour le gâcher sur des pages de musique…

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L’arrivée de cet album tout à fait étonnant m’a fait rompre ma promesse solennelle (et irréaliste) de ne critiquer, durant la pandémie de Covid, que les compositeurs négligés. Personne ne pourrait qualifier Rachmaninov de négligé, bien qu’avec l’interruption de l’apport régulier en musique devant un public réel, ce récital d’œuvres solo produit un choc de nouveauté − d’autant plus qu’il est joué par l’artiste arménien Sergei Babayan, qui fait ici ses débuts sur une grande étiquette. Babayan, 59 ans, est surtout connu comme le professeur de Daniil Trifonov et le partenaire occasionnel de Martha Argerich dans des œuvres pour piano…

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Cela fait un moment que l’alto n’a pas été défendu par un puissant représentant. Timothy Ridout, Britannique de 24 ans, est présenté comme la prochaine vedette de l’alto. La preuve en est faite dans ces attrayantes interprétations avec l’orchestre de chambre de Lausanne, dirigé par un autre jeune Britannique talentueux, Jamie Phillips. La suite pour alto et orchestre de 1934 de Ralph Vaughan Williams requiert une sympathie pour les contours vallonnés et les charmes modestes de la campagne anglaise. La suite est un assemblage de chansons folkloriques anglaises, aucune d’entre elles n’étant individuellement saisissante, ce qui laisse au soliste libre…

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Míkis Theodorákis, qui a eu 90 ans le mois dernier, a acquis une renommée mondiale pour la musique du film de 1964, Zorba le Grec, et est resté une figure de proue de la gauche internationale pour son engagement indéfectible en faveur du communisme. Mis à part sa musique de film, son cycle de chansons La Ballade de Mauthausen compte parmi les plus belles musiques jamais écrites sur l’Holocauste nazi. Les racines classiques du compositeur sont moins connues. En 1954, Theodorákis se rend à Paris pour étudier au Conservatoire avec Olivier Messiaen et Eugène Bigot. Il y est resté cinq…

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Dans les dernières années de l’Union soviétique, un compositeur pouvait être chassé par le système et continuer d’être soutenu par ce dernier. Lorsque ses symphonies ont été bannies des concerts, Alfred Schnittke a reçu des commandes pour l’industrie cinématographique du chef de l’Union des compositeurs, Tikhon Krennikov, le même apparatchik qui avait ordonné l’interdiction de ses symphonies. Nikolaï Kapoustine, qui a écrit des partitions de jazz rejetées, a été pendant une grande partie de sa carrière le pianiste résident du principal orchestre symphonique de la radio de Moscou, un ensemble qui a parfois accepté d’interpréter ses œuvres non socialistes, pour…

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Lorsque Christopher Rouse est décédé il y a dix mois, à l’âge de 70 ans, cela a semblé marquer la fin d’une lignée de compositeurs américains qui plaçaient la symphonie au cœur de leur art. Et pas seulement des Américains. Hormis Kalevi Aho et Leif Segerstam en Finlande, David Matthews et Philip Sawyers au Royaume-Uni ainsi qu’un ou deux autres en Russie et en Allemagne, les compositeurs semblent avoir abandonné la symphonie au 21e siècle. On prétend que le public a perdu intérêt. Est-ce vraiment le cas ? En ces temps de COVID, nous n’avons aucun moyen d’en juger, à moins…

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Le seul lien entre ces deux compositeurs est leur statut de victime et la dernière syllabe de leurs noms. Tous deux ont été réduits au silence pour des raisons politiques et ni l’un ni l’autre n’a trouvé la reconnaissance qui lui était due. Samuil Feinberg (1890-1962), élevé dans la cosmopolite Odessa, a été exempté de la Première Guerre mondiale pour invalidité et a pris un poste d’enseignant au Conservatoire de Moscou. Sa carrière solo de pianiste a été entravée par le stalinisme et il a vécu dans l’obscurité presque totale, connu uniquement pour avoir été le premier pianiste en URSS…

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C’est un triste fait de la vie musicale que, lorsqu’un compositeur meurt, sa musique reste dans les limbes pendant au moins dix ans. Pendant ce temps, les directeurs musicaux et les programmeurs rangent l’œuvre complète dans un tiroir et attendent, disent-ils, que la réputation s’installe. Pour quelques compositeurs chanceux, une décennie s’écoule et il y a un renouveau. Pour les autres, il n’y a que du silence. Le compositeur français Henri Dutilleux est décédé en mai 2013 à l’âge de 97 ans. Toute sa vie, Dutilleux a eu du mal à se faire entendre face au modernisme dominant de Pierre…

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