Opéra de Montréal: entrevue avec les artistes, avant la première de Carmen

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Jeudi dernier, l’Opéra de Montréal organisait une répétition de Carmen ouverte aux médias. La Scena musicale y était, par la voie de notre journaliste Justin Bernard. L’occasion d’aborder, en toute simplicité, quelques traits caractéristiques de la culture espagnole et d’imaginer à quoi ressemblerait la vie des trois principaux protagonistes de l’opéra. Entrevue avec Krista de Silva, qui incarnera le rôle-titre, Antoine Bélanger, qui sera Don José, et Christopher Dunham, Escamillo.

Krista de Silva (Carmen) et Cesar Naassy (Zuniga). Photo: Justin Bernard

Justin Bernard : Pour vous immerger dans la culture andalouse et préparer certaines scènes, avez-vous pratiqué des mouvements de danse flamenco, vous qui jouez la Carmencita des faubourgs de Séville ?

Krista de Silva : Un peu, c’est sûr, surtout pour une scène du deuxième acte. C’est une danse difficile, ça prend des années d’entraînement, mais j’adore le Flamenco, j’adore l’energie. C’est une danse très ancrée au sol, pied au plancher.

J. B. : Quel autre élément de la culture espagnole aimez-vous?

K. S. : Dans la gastronomie, j’aime la nourriture épicée. La première chose qui me vient en tête, c’est le vin espagnol. Le fromage aussi, le Manchego, fromage fait à base de lait de brebis. Tapas, évidemment.

J. B. : Si Carmen vivait aujourd’hui, dans une grande ville, à quoi ressemblerait sa vie?

K. S. : Elle est une gitane et je pense qu’elle le serait toujours. Elle tiendrait peut-être un restaurant où l’on joue du violon, de la guitare.

Krista de Silva (Carmen) et Antoine Bélanger (Don José). Photo: Justin Bernard

Quelques pas plus loin, nous retrouvons Christopher Dunham, qui arbore fièrement une casquette de l’équipe de basketball de Toronto, en cette période de série éliminatoires.

Au détour d’une question sur la culture espagnole, le jeune baryton cherche plutôt à relativiser le caractère hispanique ou hispanisant de cet opéra. « Carmen de Bizet reste un opéra surtout français, mais avec une touche espagnole. À la manière d’un bon gros gâteau sur lequel on ajoute de la crème ou du glaçage », tient-il à rappeler.

J. B. : Vous qui jouerez le rôle du Toréador, quel est votre rapport personnel à la tauromachie?

Christopher Dunham : En préparation de Carmen, Charles Binamé [le metteur en scène, ndlr]m’a envoyé quelques extraits vidéo de combat entre un taureau et un matador. C’est triste de voir un taureau transpercé de plusieurs lances. Mais en tant que Toréador, je ne peux penser de cette manière. Je dois accepter les règles du jeu. Par contre, sur un plan plus personnel, j’apprécie le « Bull fighting » à l’américaine. Dans ce contexte, le taureau est vraiment en sureté. La personne qui se trouve dans l’arène à ce moment-là peut soit courir autour de l’animal ou passer par dessus, mais sans jamais lui porter atteinte. Le danger est encore plus important pour l’Homme.

J. B. : Vous êtes-vous intéressés plus généralement à l’Espagne?

C. D. : Il faut dire que l’action de plusieurs opéras se déroulent en Espagne. On peut penser à « Don Giovanni » et « Le Nozze di Figaro » de Mozart, « Le Barbier de Séville » de Rossini, « Don Carlo » de Verdi. Alors oui, j’ai fait quelques recherches sur l’Espagne ancienne, les gestes pratiqués par la noblesse espagnole, le rituel du toréro.

Je dois dire que l’Histoire en Espagne avant l’Inquisition [c’est-à-dire avant 1450, ndlr] est très intéressante, selon moi. Durant le Moyen-Âge, en Andalousie, l’Islam et le Christianisme se sont côtoyés : il y a eu un essor remarquable de la science, de la culture et des arts.

J’ajoute que mes ancêtres étaient ce qu’on appelle (en anglais) des « Black Irish »; il est possible que leurs propres aïeux soient des soldats espagnols qui aient trouvé refuge en Irlande, en territoire catholique. Alors je me dit que j’ai peut-être des origines espagnoles lointaines!

Krista de Silva (Carmen) et Antoine Bélanger (Don José). Photo: Justin Bernard

Enfin, nous avons pu nous entretenir avec le ténor Antoine Bélanger sur une variété de sujets et notamment sur le passé méconnu du personnage qu’il s’apprête à incarner sur scène.

J. B. : Comment imagines-tu la vie de Don José avant Carmen?

Antoine Bélanger : Justement, Charles Binamé nous parlait de ce que pouvait être la vie des personnages avant que ne débute l’intrigue de l’opéra. Don José vient de la campagne, il mène une vie tranquille, simple, dans un village. C’est un jeune homme, un colosse, et il a une certaine prestance. Mais il a aussi un tempérament un peu bouillant, impulsif, et c’est la raison pour laquelle il se retrouve dans l’armée. Il n’est pas un mauvais garçon, il ne veut pas taper sur tout le monde, contrairement à ce que l’on peut entendre dire à son sujet. Malheureusement, après Carmen, on sait ce qu’il va advenir de lui.

J. B. : S’enrôler dans l’armée est donc un moyen de canaliser son énergie?

A. B. : Tout à fait. À cette époque, il avait deux options : soit de faire de la prison, soit aller dans l’armée pour tenter de rectifier le tir. C’est ce qu’il fait au final, et il le fait très bien jusqu’au jour où il rencontre Carmen. Il est très droit, il essaye de faire de son mieux. Comme on peut le voir dans une scène de l’acte III, Don José ne s’avère pas être un très bon tireur! (Don José tire sur un inconnu, qui n’est autre qu’Escamillo, et le manque de peu).

J. B. : Quels sont les sentiments profonds de Don José à l’égard de Michaëla?

A. B. : Je pense Michaëla tient un peu le rôle du premier amour ou d’un amour de jeunesse. Force est d’admettre qu’ils s’entendent bien, ils ont vécu ensemble pendant un temps. Est-ce qu’il y a de l’amour charnel au moment de l’intrigue de l’opéra? Non, mais de l’amour fraternel certainement.

J. B. : Plus généralement, quel votre rapport à la culture espagnole?

A. B. : Je perçois les Espagnols comme des gens plutôt directs dans la vie. C’est un trait de caractère que j’aime. Ils ne vont pas tergiverser pendant très longtemps. Un peu comme Carmen, d’ailleurs. On retrouve même ce caractère dans la danse.

J’aime les plats espagnols, bien sûr. On dit que la gastronomie d’un pays reflète la manière dont vivent les gens de ce pays, comment ils se comportent. C’est une part de leur identité. Je crois volontiers à cela. La paëlla, par exemple, est un plat très convivial. On y met les produits qu’on a à notre disposition, on mélange le tout. Fruits de mer, lapin, poulet, haricots, safran, etc. Je pense que ça donne aussi une bonne idée de la culture espagnole.

 

Cette nouvelle production de Carmen, mise en scène par le cinéaste québécois Charles Binamé, débute le samedi 4 mai, à 19h30, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Autres représentations, les 7, 9 et 11 mai. À noter qu’une supplémentaire a été ajoutée le 13 mai. Pour tout renseignement, visitez www.operademontreal.com

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