Critique de disque. Ha ! Compagnons (Élodie Bouchard, Anthony Harvey, Christophe Gauthier)

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Élodie Bouchard, soprano; Anthony Harvey, luth; Christophe Gauthier, clavecin

Immersive Sound Art

Durée : 38 min 27

La soprano québécoise Élodie Bouchard et le luthiste américain Anthony Harvey nous offrent ici leur premier album, paru chez Immersive Sound Art. Au programme, des airs et monodies des compositeurs du XVIIe siècle Giulio Caccini, Thomas Campion, Sigismondo d’India, Claudio Monteverdi et Étienne Moulinié. À l’exception peut-être du Lamento d’Arianna, ces œuvres sont pour l’essentiel méconnues. Il s’agit là d’un répertoire dont la jeune chanteuse avait fait sa spécialité à la maîtrise, à l’Université McGill.

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, tout d’abord par la qualité de l’enregistrement lui-même. Enregistré à Montréal en 2019, l’album a été mastérisé par le msm studio de Munich (Allemagne) et a bénéficié d’une technologie avancée de mixage (mixage binaural) qui permet, notamment avec un casque d’écoute, d’être plus près de l’expérience de concert. Le son du luth, dans tous ses registres, en ressort pleinement.

L’album brille, ensuite, par la qualité et la justesse de l’interprétation. Mme Bouchard exécute à merveille les ornementations dans le style propre à la musique ancienne. Sa voix produit également de beaux effets, avec ou sans vibrato. En témoigne la première piste de l’album, Torna, deh torna pargoletto moi de Caccini. À l’image de celle-ci, la plupart des pièces que la soprano et le luthiste ont choisies sont empreintes de tristesse et d’affliction, avec toutefois des moments de douceur réconfortante. Dans Her Rosie Cheekes de Thomas Campion, la tristesse fait place à la légèreté et à l’allégresse. De sa voix ronde, la soprano passe aisément d’un registre à l’autre.

Pour le Lamento d’Arianna de Monteverdi, Élodie Bouchard et Anthony Harvey ont fait appel au claveciniste Christophe Gauthier. Les tensions harmoniques y sont exacerbées, notamment par l’utilisation de lents chromatismes ascendants qui rappellent le style de Sigismondo d’India. L’album se conclut en français par des airs pour voix et luth d’Étienne Moulinié. La tristesse se dissipe de nouveau avec surtout Enfin la beauté que j’adore et ses nombreuses ornementations qui font apprécier l’agilité vocale d’Élodie Bouchard. Ha ! Compagnons, qui donne son nom à l’album, est une chanson à boire choisie par les interprètes en guise de digestif et que la soprano chante néanmoins avec sobriété.

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