CMIM 2022 : une aventure humaine

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L’édition piano 2021 remportée par la Coréenne Su Yeon Kim avait certes résisté à la pandémie, mais au prix d’épreuves préenregistrées dans 16 villes à travers le monde. Cette année, pour l’édition voix, le Concours musical international de Montréal (CMIM) peut enfin accueillir les candidats sur place et retrouver son public en salle. La directrice générale et artistique, Christiane LeBlanc, voit avec bonheur ces retrouvailles. Pour elle, les deux dernières années écoulées ont été synonymes d’embûches, mais aussi d’extraordinaires leçons pour l’avenir.

On prévoit un retour à 100 %, mais on n’abandonne pas pour autant la webdiffusion en direct. Depuis quelques années déjà, toutes nos épreuves étaient diffusées sur le web. Ce que l’on a fait durant la pandémie, c’est multiplier les plateformes d’accueil. On a signé des ententes avec différentes revues musicales et avec un site Internet en Chine qui diffuse des concerts de musique classique (www.amadeus.tv). Cela nous a permis de rejoindre un public beaucoup plus large (plus de 3 millions de vues cumulées pour l’édition 2021). On veut créer des portes d’entrée pour toutes celles et tous ceux qui ne connaissent pas encore le CMIM.

Parallèlement à l’auditoire, Christiane LeBlanc constate un accroissement et une diversification du vivier de candidats pianistes, violonistes ou chanteurs. Le partenariat que le CMIM a signé depuis maintenant plusieurs années avec l’Orchestre symphonique de Montréal est l’un des nombreux facteurs qui, selon elle, attirent de très belles candidatures. « Il est très rare pour un concours d’avoir un orchestre de ce calibre. On est très fiers de ce partenariat. Les jeunes aussi sont heureux de pouvoir écrire sur leur CV qu’ils ont chanté ou joué avec l’OSM. »

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Malgré la menace constante de la pandémie, un nombre important de candidatures ont été déposées. Au total, 387 chanteurs et seulement 32 participants sur la ligne de départ. Parmi eux, on retrouve beaucoup de Canadiens. Pour la directrice générale et artistique du CMIM, ce résultat n’est pas vraiment une surprise quand on voit le succès de leurs compatriotes à l’international. « Chaque fois que je vais en Europe, on me parle des chanteurs canadiens qui sont partout sur les scènes d’opéra et de concerts, on me parle des Marie-Nicole Lemieux, des Jean-François Lapointe, des Julie Boulianne, des Karina Gauvin… Beaucoup de nos chanteurs sont très connus et je pense qu’on a la réputation d’avoir une très belle école de chant. »

Christiane LeBlanc voit dans le rayonnement des chanteurs d’ici la marque d’une certaine identité culturelle qui remonte loin dans le temps. « Quand les familles québécoises n’avaient pas les moyens d’acheter un violon ou un piano, elles prenaient l’habitude de chanter. Je pense que ça fait partie d’une tradition orale qui nous est propre. » C’est peut-être aussi ce qui explique en partie l’engouement du public pour le chant. Lors des précédentes éditions, notamment celle de 2018 qui a vu la victoire du ténor Mario Bahg, les spectateurs étaient venus en masse à la salle Bourgie puis à la Maison symphonique pour assister aux dernières épreuves. « En 2018, on a changé de format pour avoir deux volets distincts (un volet pour les chanteurs qui préfèrent le récital avec piano et un volet pour ceux qui préfèrent l’opéra avec orchestre) et, cette année-là, on a battu notre record non seulement en ce qui concerne les inscriptions, mais aussi l’affluence en salle. »

En 2022, plusieurs chanteurs ont souhaité participer aux deux volets Mélodie et Aria, mais une seule candidate, la mezzo-soprano Deepa Johnny (Canada/Oman), a vu sa demande acceptée par le jury de présélection du CMIM. « Le plus souvent, les membres du jury trouvaient un candidat beaucoup plus fort dans une plutôt que l’autre de ces catégories. »

En poste depuis 10 ans à la tête du CMIM, Christiane LeBlanc a vu défiler beaucoup de jeunes talents. Selon elle, le niveau des chanteurs qui participent aux concours internationaux ne cesse d’augmenter. « Beaucoup de concurrents sélectionnés sont soit en ce moment stagiaires, soit anciens stagiaires dans des ateliers d’opéras au Canada, aux États-Unis ou en Europe. Ce sont des gens qui ont souvent beaucoup d’expérience de scène. Et Dieu sait qu’il en faut pour bien faire un concours. Il y a énormément de préparation, beaucoup de pression psychologique et d’autres facteurs qui influent sur la prestation des chanteurs : le fait de savoir s’ils passeront en premier ou en dernier, s’ils garderont un souvenir plus frais dans l’esprit du jury, si l’entente avec le ou la pianiste qui les accompagne sera bonne. C’est une grosse aventure pour eux. »

Cette bienveillance à l’égard des chanteurs, le CMIM en a fait un atout. Comme l’explique la directrice générale et artistique, « ils n’ont pas l’impression d’être seulement un numéro, mais ils se sentent bien accueillis, entourés, appuyés. Ils ont tous des parrains et des marraines qui nous font généreusement une contribution financière pour qu’on puisse acheter leurs billets d’avion, payer tout leur encadrement. Les concurrents sont hébergés dans des familles d’accueil et non pas seuls à l’hôtel. Après les épreuves, ils n’ont pas à retourner dans une petite chambre. On veut qu’ils repartent avec une expérience enrichissante, une belle expérience de vie. Même s’ils n’ont pas gagné un prix, ils auront fait des contacts, créé des liens. Plusieurs d’entre eux reviennent à Montréal et vont reloger dans leurs familles d’accueil pour garder ce lien. Cela reflète, il me semble, le côté hospitalier des Québécois et des Canadiens. C’est un peu dans notre nature. »

Le plus grand souhait du CMIM, confie Christiane LeBlanc, c’est de retrouver son public. « Après deux ans de distanciation et de télétravail, on espère qu’il viendra en grand nombre encourager ces jeunes qui se préparent depuis longtemps déjà. On est fébrile à l’idée d’accueillir à nouveau tous les Montréalais. »

www.concoursmontreal.ca

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la médiation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. Membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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