Jane Archibald en concert: une prestation mitigée et une caméra dans le champ

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Le 26 février dernier, la Canadian Opera Company offrait gratuitement au public une webdiffusion préenregistrée mettant en vedette son propre orchestre, dirigé par Johannes Debus, et la soprano colorature Jane Archibald. Au programme, des airs pleins de virtuosité, d’autres plus intimes et une variété de répertoire allant de Haendel à Bernstein en passant par Mozart, Massenet et Richard Strauss.

Un peu plus d’une heure de musique, incluant les présentations. Des points forts et des points certainement perfectibles. Commençons par les moins bons côtés de ce concert.

Là où ça coince

La qualité de la réalisation technique laissait à désirer, et ce pour plusieurs raisons. Le concert était pré-enregistré et a donc  le montage final nous a semblé redondant et surtout ne pas retranscrire l’esprit du direct. Toujours en termes de réalisation, les titres des pièces au programme n’apparaissaient jamais sur notre écran (ordinateur, téléphone, tablette), mais plutôt sur la grande toile de projections derrière l’orchestre. Cela aurait pu bien sûr fonctionner si seulement la caméra nous avait systématiquement montré un plan large de la scène au moment opportun. Or, bien souvent, la caméra ne montrait la scène que de côté ou alors pas du tout, rendant les projections de titres inutiles.

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Jane Archibald et les musiciens du COC Orchestra étaient sur la scène de la grande salle du Four Seasons, à Toronto. Toutefois, ce décor paraissait excessif et surtout il manquait cruellement de chaleur en l’absence d’un public, qu’il soit payant ou payé pour faire de la figuration. Jouer devant une salle vide envoyait un mauvais message.

Ce que vous avez manqué

Musicalement parlant, le concert nous a réservé quelques belles surprises, comme l’ouverture du Schauspieldirektor, opéra de Mozart méconnu en partie car celui-ci ne compte que quatre numéros. Cette pièce rappelait une autre ouverture, celle des Noces de Figaro, et a entamé la soirée de la meilleure des manières qui soit.

Les sous-titres durant les airs chantés par Jane Archibald nous ont permis de suivre de près les intentions de l’interprète. Assez à l’aise en italien, notamment dans l’air de concert “Vorrei spiegarvi” de Mozart, la soprano s’est montrée à son avantage en allemand dans quelques Brentano-Lieder de R. Strauss, mais surtout en anglais, sa langue maternelle, au moment d’incarner le personnage féminim dans Candide de Bernstein. Il y avait là une continuité naturelle après que Jane Archibald ait chanté la Gavotte de Manon, femme tout aussi sensible à la vie de luxe et aux bijoux.

D’autres airs, comme “Je veux vivre” extrait de Roméo et Juliettte de Gounod, ont mis bien mis en valeur la virtuosité et la clarté vocale de la soprano dans l’aigu. Il en allait de même pour “No, no, I’ll take no less!” extrait de Semele de Haendel et ses nombreux mélismes. Malgré son talent de virtuose, on remarquait chez elle certaines tensions au niveau de la mâchoire et des mouvements trop prononcés de la langue lors des vibratos.

Mention spéciale au premier violon du COC Orchestra, Marie Bérard, qui a joué la partie de soliste dans la fameuse Méditation, pièce instrumentale extraite de Thaïs de Massenet.

Pour voir ou revoir la webdifusion jusqu’au 27 août, visitez le www.coc.ca/archibald

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la médiation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. Membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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