Qu’est-ce qui nous attend ? L’avenir de l’enseignement musical

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À l’approche d’une nouvelle année scolaire, les écoles du monde entier ont dû passer à la vitesse supérieure en réponse à la pandémie de COVID-19. Les programmes de musique doivent relever le défi de modifier leurs activités régulières pour assurer la sécurité, tout en maintenant un niveau élevé d’enseignement.

Pour la plupart des cégeps et des universités, cela s’est traduit par un virage vers l’apprentissage à distance. Le Collège Vanier, par exemple, prévoit offrir à distance des cours d’instruments de groupe et particuliers. Des dispositions similaires sont prises dans des institutions comme l’Université de Toronto et l’École de musique Schulich de McGill.

Les professeurs de musique et les directeurs de programme ne tardent pas à souligner que l’éducation musicale est unique en ce qu’elle repose fortement sur l’enseignement en personne. Les leçons privées en sont la preuve, car les instructeurs et les étudiants rencontrent des problèmes de latence d’Internet et de qualité sonore et perdent les avantages de travailler la musique ensemble dans la même pièce.

Cet obstacle a surtout affecté les professeurs de chant et les programmes d’opéra. « La connexion Internet a été le plus grand défi jusqu’à présent : les coupures durant une phrase ou un décalage », explique Tracy Smith Bessette, professeure de chant à McGill. « Nous avons été surpris par la difficulté de produire de bons contenus sur Zoom, ajoute Chantal Lambert, directrice de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. Il est très difficile de faire des leçons et de l’accompagnement en ligne. » De nombreux étudiants et jeunes chanteurs manquent de matériel approprié pour l’apprentissage en ligne, y compris un microphone de qualité et une connexion Internet fiable.

Les enseignants et les organisations ont trouvé des solutions créatives à certains de ces problèmes et s’efforcent de trouver des éléments à exploiter dans ce format d’apprentissage alternatif. « J’ai été étonné par la production continue, voire élargie, d’énergie musicale et de créativité dans la pandémie jusqu’à présent », a déclaré Jeffrey McFadden, nouveau doyen associé de l’interprétation et des événements publics à l’Université de Toronto. « De nouvelles plateformes se développent sous nos yeux et les musiciens peuvent être à l’avant-garde de la croissance de l’utilisation sophistiquée de ces nouveaux médias. »

Les enseignants trouvent des avantages insoupçonnés dans la nouvelle forme d’enseignement. « Je constate déjà une croissance chez mes étudiants », explique Smith Bessette, qui donne des cours virtuels asynchrones depuis le début des fermetures. « Le fait de devoir faire des enregistrements oblige les élèves à se regarder et à s’écouter plus qu’ils ne le font habituellement, ce qui leur apprend beaucoup. Du point de vue de l’enseignant, bien que vous ne puissiez pas être aussi spontané avec Zoom, écouter la vidéo préenregistrée d’un élève avant d’en discuter permet des leçons plus ciblées. »

Stéphane Lemelin, professeur de piano et chef de l’interprétation à Schulich, a remarqué un changement positif dans la dynamique interpersonnelle. « Une leçon de musique en ligne se prête à un dialogue entre l’enseignant et l’élève qui est assez différent de la modélisation immédiate qui a souvent lieu dans une leçon en personne [et]contraste avec le modèle à l’ancienne de l’apprenti face au maître, ce qui est à mon avis une bonne chose. »

Pour les programmes d’opéra de niveau universitaire, cette transition en ligne a signifié une refonte complète de la saison. « Il a fallu beaucoup d’imagination, beaucoup de dialogue avec des experts et beaucoup de nouveaux partenariats et collaborations avec des compagnies d’opéra et des artistes professionnels, explique le directeur d’Opéra McGill Patrick Hansen. Nous prévoyons un semestre d’automne qui se concentrera sur la préparation des rôles pour nos productions du Spring Opera Festival ainsi que sur la création d’un nouveau festival d’opéra numérique (en collaboration avec Tapestry Opera) et d’une production pour la radio. » Tout un changement par rapport à la saison régulière qui se déroulait en personne.

Hansen espère que le passage au « spectacle Zoom » permettra d’utiliser « des voix plus diverses que jamais ». Lambert convient que les programmes doivent « saisir cette occasion au lieu de la considérer comme une catastrophe. Je veux que les jeunes artistes profitent de ce temps pour perfectionner leur technique, apprendre de nouvelles notions, travailler leurs langues et peaufiner leur lecture à vue ».

La préparation des cours d’ensembles a également constitué un défi pour les écoles. Pour des cours comme le chœur et l’orchestre, les exigences de distance et de sécurité sont des obstacles insurmontables. « Certains cours d’ensembles seront offerts à distance, explique Lemelin. Tous nos ensembles de jazz [et]notre programme d’opéra continueront à offrir des expériences riches et variées, y compris le coaching et l’interprétation au moyen des médias en ligne. »

Au Collège Vanier, certains instructeurs « traiteront davantage leurs ensembles comme des cours de répertoire dans lesquels les étudiants étudieront le matériel, apprendront leurs parties, les enregistreront à la maison, puis enverront les enregistrements (généralement en format vidéo) pour que l’enseignant les synchronise. Cela signifie, dans de nombreux cas, beaucoup plus de travail pour les enseignants et les élèves », explique le directeur du programme de musique Glen Ethier.

Cependant, à mesure que les restrictions sur les rassemblements évoluent, la plupart des écoles espèrent qu’en fin de compte, un enseignement privé en personne et des répétitions en petit groupe seront possibles. Au Collège Vanier, un petit nombre d’étudiants sont autorisés sur le campus pour certains types de cours.

Lemelin affirme que c’est également une priorité à l’École de musique Schulich. « Nous nous préparons à offrir l’enseignement à distance tout en faisant des plans pour permettre autant d’activités d’enseignement en personne que les conditions de santé publique le permettront. » Schulich a récemment annoncé que la faculté offrira des cours en personne et à distance à l’automne.

Bien que les circonstances restent incertaines, il est évident que l’éducation musicale a encore sa place malgré la pandémie mondiale. « [Les gens] et les institutions sortiront de cette crise en sachant naviguer dans le monde numérique et virtuel avec une fluidité considérablement améliorée, explique McFadden. La prestation des cours, la portée des établissements, le recrutement, l’élaboration des programmes d’études en seront améliorés. » Lemelin ajoute : « Nous espérons que les activités d’apprentissage auxquelles nous nous préparons à l’automne, qu’elles se déroulent à distance ou en personne, permettront aux étudiants de se sentir connectés entre eux et à leurs professeurs. »

Les éducateurs sont convaincus que l’enseignement en personne reviendra dès qu’il sera sécuritaire. « La communauté soudée des musiciens de nos établissements postsecondaires ne devrait pas et ne sera probablement pas perdue avec les techniques d’apprentissage à distance », affirme Ethier. « Les humains ont besoin d’art vivant − ils doivent le créer, le consommer et le vivre, explique Smith Bessette. [L’art vivant] agit sur nos êtres entiers comme ne peut le faire l’art numérique. » Lemelin est d’accord : « L’enseignement de la musique à distance diffère de l’enseignement en personne et il ne le remplacera jamais. »

L’espoir, semble-t-il, est que les institutions, les enseignants et les jeunes chanteurs apprennent de cette époque et acquièrent de nouvelles compétences qui leur permettront de retourner à la musique et à l’éducation en personne avec un enthousiasme renouvelé. « Les musiciens joueront et créeront de manière à refléter inévitablement cette expérience, dit McFadden. Avec de la chance, nous en sortirons plus forts qu’avant. »

Traduction par Andréanne Venne

 

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