Présence autochtone: Faciliter l’avènement d’un nouveau nous

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Lui-même issu de la nation innue, André Dudomaine a d’abord cofondé la Semaine de cinéma régional en Abitibi-Témiscamingue, qui allait devenir le Festival international d’Abitibi-Témiscamingue. L’ancien professeur de l’Université Concordia voit aussi en Présence autochtone un pont qui relie les communautés et la ville. Le festival est la preuve que cette relation est fertile : pour nombre d’artistes dont le travail prend racine dans l’humus patrimonial, le festival est un tremplin vers l’international. L’art autochtone a ses propres réseaux de distribution qui échappent totalement aux grands médias et le festival s’est beaucoup bâti sur ces partenariats. Présence autochtone expose au grand jour un courant souterrain pour le grand public, présente des films et des musiques des cinq continents et, victime de son succès, refuse aujourd’hui des inscriptions par centaines. Le festival s’inscrit dans le contexte d’une réconciliation avec le patrimoine autochtone, un patrimoine qui appartient à tous.André Dudomaine, directeur et membre fondateur (1990) du festival Présence autochtone, voit son festival comme le plus ancien et le plus enraciné des mouvements de résistance des Premiers Peuples en Amérique. L’hiver dernier, André Dudomaine obtenait un doctorat honorifique de la faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal; la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec décernait un prix Droits et Libertés au festival Présence autochtone et ses trois fondateurs recevaient la Croix du service méritoire, honneur remis à des personnes dont la contribution à la société canadienne est inspirante, soulignant de belle façon vingt-sept ans de travail acharné à la promotion des droits des Premières Nations. Car nous sommes sur un territoire autochtone non cédé; il est important de s’y connecter et cet état de fait sous-tend toutes les actions du festival, rappelle André Dudomaine. Rencontre avec un humaniste moderne.

Depuis longtemps, opposer tradition et modernité est devenu une habitude – comme si remonter aux sources empêchait les peuples des Premières Nations de jouir de la modernité. Le festival, qui a toujours voulu démontrer la fausseté de cette prémisse, désire retrouver l’essence même des premiers contacts fondateurs qu’ont eus les Autochtones et les Québécois. Afin de retrouver ces souvenirs refoulés, il faut se livrer à une véritable archéologie spirituelle, comme celle à laquelle le cinéaste François Girard s’est livré pour Hochelaga, terres des âmes, un des évènements phares de la dernière édition. Un projet symbolique de l’air du temps, comme ceux que porte Terres en vues, l’organisme mère de Présence autochtone : « Nous cherchons à formuler un nouveau nous collectif afin de tous nous retrouver dans un présent égalitaire », reprend André Dudomaine. Le désir d’affirmation des Premières Nations et leur volonté d’aller de l’avant, combinés à l’immigration récente, amènent l’idée d’une nouvelle Amérique qu’il faut créer avec des liens plus fraternels pour espérer frayer ensemble dans les eaux vives du renouveau. Une idée reprise dans le défilé d’amitié Nuestroamericana auquel Présence autochtone donne une importance grandissante, profitant de chaque édition du festival pour l’inscrire profondément dans le cœur de la ville.

Cette nouvelle identité montréalaise est un retour aux sources, un mariage de formes et d’expressions qui ouvrent des perspectives où les fausses notions qui brouillent les représentations identitaires n’ont plus cours. Québécois et Autochtones doivent laisser les déchirements et les bouleversements derrière eux s’ils veulent avancer dans le sens d’une nouvelle identité.

La vingt-huitième édition de Présence autochtone se déroulera du 7 au 15 août, au Quartier des spectacles de Montréal. www.presenceautochtone.ca

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