CD – Mathieu/Rachmaninoff, Jean-Philippe Sylvestre

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Mathieu, Concerto no4 ; Rachmaninoff, Rhapsodie op.43 / Jean-Philippe Sylvestre, piano ; Orchestre Métropolitain, Alain Trudel / Atma Classique, ACD2 2768, 2018

Faisant suite à la critique de concert parue quelques mois plus tôt, cet album paru chez Atma est l’une des sorties remarquables de la fin 2018. Le pianiste Jean-Philippe Sylvestre et l’Orchestre Métropolitain sous la baguette d’Alain Trudel y interprètent le Concerto pour piano no4 d’André Mathieu ainsi que la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninoff.

Dix ans après la sortie sur disque du Concerto posthume de Mathieu par Alain Lefèvre et l’Orchestre Symphonique de Tucson, l’œuvre ressurgit avec fougue, virtuosité et détermination. Le concerto doit beaucoup à Gilles Bellemare, qui, à partir de sources fragmentaires, a reconstruit et orchestré ce joyau post-romantique en cherchant à traduire fidèlement la pensée de Mathieu. On lui doit donc beaucoup plus que de simples talents d’arrangeur. Sous la baguette brûlante d’Alain Trudel, l’œuvre défile comme une locomotive lancée d’un bout à l’autre de la voie, sans superflu ni arrêt en gare.

Au hasard des influences de Gershwin, Prokofiev, Ravel et bien sûr Rachmaninoff, le pianiste Jean-Philippe Sylvestre y navigue avec une aisance remarquable, incarnant un répertoire qui lui ressemble. Son jeu franc, linéaire et dénué de rubato nous permet une compréhension quasi-immédiate des phrases et des structures, pourtant volontairement éclatées dans l’écriture de Mathieu aux rythmiques très changeantes. Improvisateur hors pair, comme l’était Mathieu, Sylvestre fait ressortir cette composante du discours sans jamais trahir les lignes ou le matériau, se permettant de temps à autres une pointe d’ironie ou un grain de folie qui ajoutent du mordant à l’œuvre.

La cohésion entre soliste et orchestre n’est jamais démentie. Alain Trudel et l’OM sont très attentifs aux soubresauts du pianiste tout en menant d’un bout à l’autre, avec détermination mais sans empressement, les trois mouvements nous plongeant dans tous les états d’âme romantiques, élans lyriques ou tourments lugubres, impulsions imprévisibles ou plénitude insouciante, totalisant 34 minutes contre 41 pour la version d’Alain Lefèvre/George Hanson.

Écho à un précédent disque de Jean-Philippe Sylvestre paru chez Atma, Mathieu est de nouveau couplé à Rachmaninoff, qui fut son mentor et qui voyait en Mathieu son digne successeur. La Rhapsodie sur un thème de Paganini a bien des points communs avec le concerto posthume : un discours précis et franc, des teintes d’humour, des élans de virtuosité où les doigts du pianiste semble caresser des nuages… un choix judicieux qui place l’œuvre de Mathieu dans une filiation évidente.

Seul bémol, la prise de son ne rend pas honneur à cette prestation enregistrée lors du Festival Classica à l’église de Saint-Constant. Orchestre et solistes sont trop loin, on perd toutes les subtilités du piano qui est fréquemment noyé. par l’orchestre dans les nuances douces, quel dommage ! Malgré cela, cet album du Concerto de Mathieu-Bellemare, agrémenté d’une très bon livret explicatif signé Georges Nicholson, révèle un bijou du répertoire québécois et on espère que les protagonistes le mettront de nouveau au programme afin que les Québécois puissent se réjouir de ce chef-d’œuvre ressuscité. On pourra entendre Jean-Philippe Sylvestre en duo avec Alexandre Da Costa le 21 février prochain à Repentigny, puis lors de l’Intégrale Chopin à Sorel-Tracy en mars et au Festival Classica de Saint-Lambert en juin.

www.jeanphilippesylvestre.com

www.orchestremetropolitain.com

www.atmaclassique.com

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A propos de l'auteur

Benjamin Goron est écrivain, musicologue et critique musical. Titulaire d’un baccalauréat en littérature et d’une maîtrise en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne, il a collaboré à plusieurs périodiques et radios en tant que chercheur et critique musical (L’Éducation musicale, Camuz, Radio Ville-Marie, SortiesJazzNights, L'Opéra). Depuis août 2018, il est rédacteur adjoint de La Scena Musicale. Pianiste et trompettiste de formation, il allie musique et littérature dans une double mission de créateur et de passeur de mémoire.

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