La Canadian Opera Company embauche un administrateur

0

Advertisement – Publicité (Vidéo)


This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Perryn qui ? Voilà ce qui était sur toutes les lèvres dans les heures qui ont suivi l’annonce par la Canadian Opera Company que Perryn Leech, un Britannique résidant à Houston, succéderait au mois de mars à Alexander Neef comme directeur général.

J’inclus dans mon enquête informelle un critique qui a vécu au Texas pendant plusieurs décennies. Perryn qui ?

Non pas qu’une personne dont nous n’avons jamais entendu parler ne soit pas apte à diriger la plus grande compagnie d’opéra au pays par le fait même qu’elle n’est pas connue. Le panthéon canadien des administrateurs des arts ne compte-t-il pas plusieurs individus qui, lorsqu’ils ont été nommés, étaient de parfaits inconnus ?

Alexander Neef, le directeur général de la compagnie qui a embauché M. Leech pour le remplacer en est bien un, encore que certains initiés en 2008 aient su qu’il était directeur des auditions de l’Opéra de Paris (où il est retourné).
D’autres initiés encore mieux informés (oui, j’en ai trouvé) savaient aussi que M. Leech était le directeur délégué du Houston Grand Opera, une compagnie assez semblable à la COC en dimension et en envergure, mais dont l’heure de gloire – création d’A Quiet Place de Leonard Bernstein et de Nixon in China de John Adams – date d’avant le nouveau millénaire.
C’est en 2011, soit cinq ans après s’être joint au Houston Grand Opera comme directeur technique et de production, que M. Leech est devenu son directeur délégué. Un de mes amis amateur d’opéra me fait remarquer que l’ancien directeur général du Metropolitan Opera Joseph Volpe a suivi une trajectoire semblable, ayant amorcé sa carrière comme maître-charpentier en 1966.

Mais revenons à Houston en 2011, alors que le chef d’orchestre Patrick Summers est promu de directeur musical à directeur artistique après le départ du directeur général Anthony Freud, parti exercer ses fonctions au Chicago Lyric Opera. Houston compte donc deux chefs égaux en théorie. Je tiens à préciser que cette structure est typique des orchestres symphoniques nord-américains, même si les directeurs délégués ont récemment pris l’habitude de se faire appeler « chef de la direction ».

Il peut être fastidieux de rentrer dans ces détails, mais il convient de distinguer les responsabilités d’un « directeur délégué » de celles d’un « directeur général ». Le directeur délégué s’occupe de comptabilité, élabore des conventions collectives, supervise les demandes de subvention, veille au financement, félicite le conseil d’administration, apaise le personnel et négocie les détails des coproductions (notamment, dans le cas de M. Leech, quelques-unes avec la COC).

Il rend donc des services avant tout pratiques quoiqu’essentiels au bon déroulement d’une activité aussi délicate qu’un opéra et certainement sujette à des vagues d’émotions. Ainsi, lorsqu’en août 2017, l’ouragan Harvey a causé l’inondation de la salle de la compagnie au Wortham Theater Center, M. Leech s’est empressé d’en trouver une autre, relevant le défi au dire de tous de façon héroïque.

Nous n’avons aucune raison de douter de ses capacités en temps normal, comme en témoigne la lettre ouverte du président de la COC Jonathan Morgan, par laquelle la nouvelle de la nomination est arrivée, qui parle avec enthousiasme du dévouement de M. Leech à la communauté et de son talent pour « constituer des équipes qui remplissent leurs obligations ». Ses capacités de concertation seront évidemment d’un grand secours pour aider la compagnie à se relever de la COVID-19.

En revanche, ce que cette lettre ne dit pas, c’est le genre de compagnie que M. Leech – en sa qualité de directeur général et non de directeur délégué – voudrait qu’elle soit. Préfère-t-il le prestige des vedettes ou la mise en valeur de nouveaux talents ? Le répertoire baroque ou le bel canto ? Veut-il une nouvelle production de Carmen ? Selon lui, quel compositeur ou quelle compositrice canadien(ne) mériterait la commande d’une œuvre ?

Et surtout, alors que nous inaugurons l’ère post-Neef, perpétuera-t-il la tradition de la compagnie de spectacles à grand déploiement ou reverra-t-on des productions plus équilibrées au Four Seasons Centre ? La dimension économique de cette question d’ordre artistique est d’autant plus importante que la politique de mise en scène privilégiée par son prédécesseur a clairement fait chuter les recettes.

À l’heure actuelle, nous ne pouvons que deviner les réponses puisque, pendant la majeure partie de sa carrière, ces questions n’étaient pas de sa responsabilité. Chaque directeur délégué s’adapte diversement à ses fonctions, mais son rôle principal dans le domaine artistique est d’évaluer les coûts et les revenus potentiels et de peser sur les décisions en conséquence.

La COC a publié une vidéo de bienvenue qui ne dissimule en rien les priorités non artistiques du comité de recherche. « Le côté artistique est une facette parmi d’autres, confie Colleen Sexsmith, présidente du comité. Nous avons besoin d’un dirigeant ferme parce que c’est ce qu’il faut pour pouvoir mettre l’art en scène. »

Qui, alors, prend les décisions artistiques ? Johannes Debus, le chef d’orchestre et directeur musical de longue date n’est même pas mentionné dans le « message du président » de M. Morgan ni invité à prendre la parole. Roberto Mauro, le directeur de la planification artistique, travaille loin des projecteurs. La compagnie embauchera-t-elle donc un directeur artistique ou laissera-t-elle ce dossier apparemment secondaire à M. Leech ?

Il est probable qu’on le critique pour ce qu’il n’est pas en matière de diversité, de nationalité et de représentativité.

Manifestement pas canadien, il n’est issu d’aucune minorité et ne jouit d’aucune notoriété. De plus, il n’a qu’une expérience indirecte de la compagnie qui l’a engagé pour la diriger. Les gens peuvent s’élever contre le fait qu’il n’est ni ceci ni cela et ils le feront. C’est de bonne guerre. Mais ce que tous les amateurs d’opéra se demanderont à juste titre, c’est ce qu’il pourrait bien vouloir faire.

Bienvenue à la COC, Perryn Leech.

Traduction par Véronique Frenette

www.coc.ca

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Partager:

A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

Laissez une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.