Au rythme de la guitare avec I Musici et Jérôme Ducharme

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I Musici a ouvert sa saison le 22 septembre à l’église Saint John the Evangelist avec un concert mettant en vedette la guitare et en mélangeant de manière judicieuse des œuvres à caractère traditionnel et d’autres figurant dans l’avant-garde de la deuxième moitié du XXe siècle en occident. À la tête d’I Musici se trouve le chef Jean-Marie Zeitouni avec à ses côtés le guitariste soliste Jérôme Ducharme pour l’interprétation d’œuvres de Torroba et Hétu.

Jérôme Ducharme

Jérôme Ducharme

La pièce de résistance de toute la programmation est sans contredit le Concerto pour guitare et orchestre à cordes, op. 56 de Jacques Hétu. Composée en 1994 pour Alvaro Pierri, cette œuvre en trois mouvements demande une grande virtuosité que Jérôme Ducharme est capable de fournir. L’instrument est magnifiquement exploité dans tout son registre et les connaisseurs reconnaîtront plusieurs ressemblances avec les autres œuvres pour guitare du compositeur. Le deuxième mouvement, le plus lyrique, fait écho aux atmosphères classiques espagnoles évoquées dans les autres pièces de la programmation. Hétu désignait d’ailleurs ce mouvement comme la musique la plus accessible qu’il ait jamais écrite.

Le chef Jean-Marie Zeitouni a choisi de mettre en valeur les origines de la guitare classique en incorporant au programme des œuvres de Frederico Moreno Torroba et Joaquin Turina. Les deux Interludio de Torroba écrits originalement pour guitare et quintette à vent ont été arrangés pour guitare et cordes par le fils du compositeur, où les dialogues entre l’orchestre et la guitare sont très intéressants et expressifs. Le timbre rond et le jeu volontaire de Ducharme vont bien de pair avec le style espagnol de la musique. C’est pourtant dans la pièce de Turina, La Oracion del torero, op. 42, que l’on sentait que l’ensemble était tout à fait à l’aise. Le lyrisme qui règne dans toute l’œuvre donne une très grande liberté aux cordes, le résultat étant une explosion de nuances dynamiques. Les idées musicales dans cette œuvre étaient bien présentées et cette pièce s’est terminée sur une magnifique envolée.

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C’est toutefois dans l’œuvre d’Ottorino Respighi, Antiche danza et arie de la Suite III, P 172, qui a été gardée pour la fin, que l’ensemble à cordes s’est le plus démarqué. Les danses anciennes qui composent cette suite sont en fait des arrangements de compositions italiennes du XIXe siècle, Respighi étant fasciné par l’ancienne culture de son propre pays. Dans cette œuvre, l’ensemble s’est vraiment ouvert, l’expressivité était à son maximum et la passion qui animait les musiciens était palpable. On se sent littéralement transporté par les élans d’émotions, les tourbillonnements et les tempi entraînants des différentes danses. Dans le premier mouvement, Italiana, les violons alto se font remarquer par leur place de choix dans la mélodie, qu’ils font vibrer avec élégance et sobriété.

En contrepartie, dans l’œuvre d’André Prévost, alors qu’elle sonnait très bien à certains endroits et que plusieurs effets étaient fort bien exploités, certaines parties semblaient immatures et incertaines, notamment lors des crescendos d’orchestre, qui nous laissaient sur notre faim, jusqu’au terme de l’œuvre. De plus, l’équilibre sonore entre le soliste et l’orchestre n’était pas toujours juste lorsque les cordes faisaient un crescendo, bien que la guitare de Jérôme Ducharme eût été amplifiée. C’est malheureusement à cause de ce mauvais calcul que certains dialogues entre l’orchestre et le soliste se sont perdus, puisqu’on ne pouvait que deviner les contours des interventions de la guitare dans l’échange. Cet équilibre est précieux, surtout lorsqu’on travaille avec un instrument comme la guitare, et il est dommage qu’on n’y ait pas porté davantage attention.

Le prochain concert d’I Musici, qui interprétera Le Chant de la terre de Malher et le Quatuor op. 135 no 16 de Beethoven, aura lieu de 12 octobre à la salle Bourgie. Quant à Jérôme Ducharme, nous pourrons le retrouver le 16 octobre en concert solo pour la Société de guitare de Montréal à la salle des Boiseries de l’UQAM.

» Au rythme de la guitare, le 25 septembre 2016, à l’Église Saint John the Evangelist, 16 h, http://myscena.org/events/au-rythme-de-la-guitare-4.

» http://imusici.com

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A propos de l'auteur

An-Laurence Higgins est une jeune musicienne passionnée par tous les arts avec un intérêt marqué pour la musique contemporaine et électronique. Elle étudie présentement la guitare classique à l’Université de Montréal et s’implique dans divers projets de création, car elle croit fortement au caractère essentiel de la musique et des arts contemporains. Parallèlement à ses activités de musicienne, An-Laurence écrit pour La Scena Musicale et enseigne la guitare. / An-Laurence Higgins is a passionate young musician with a particular interest for contemporay and electronic music. She is currently studying classical guitar at the Université de Montréal and participate in various creation projects, because she strongly believes in the essential nature of contemporary music and arts. Besides her music studies, she is writing for La Scena Musicale and teaching guitar.

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