La musique, l’une des plus anciennes formes d’art, est encore l’une des plus grandes sources de plaisir dans l’expérience humaine. Toutefois, pour apprécier pleinement la musique, le système auditif doit analyser des suites de sons d’une grande complexité, ce qui devient difficile en présence d’une perte auditive. Cette dernière touche plus de 50 % des Canadiens de 40 ans et plus.
Lorsqu’elle n’est pas compensée par des prothèses auditives, la perte auditive peut entraîner un désengagement des loisirs, de l’isolement et une diminution de la qualité de vie. Elle est aussi associée à un risque plus élevé de dépression et de déclin cognitif chez les personnes âgées.
Le type le plus courant de perte auditive résulte de l’endommagement des cellules ciliées dans la cochlée, structure de l’oreille interne responsable de la conversion des vibrations sonores en signaux électriques interprétables par le cerveau. Ces dommages, principalement causés par l’exposition au bruit ou le vieillissement, altèrent la capacité à entendre certains sons et entraînent une diminution de la capacité du cerveau à analyser des sons complexes, limitant ainsi la perception de la musique. C’est pourquoi, au sein du laboratoire de recherche en perception multisensorielle et auditive (MAPLab) de l’Université Laval situé au Centre de Recherche CERVO, nous tentons de trouver des solutions de réadaptation innovantes afin de pallier les effets de la surdité sur la capacité du cerveau à traiter les sons complexes.
La musique est un véritable entraînement pour le cerveau ! Jouer d’un instrument de musique mobilise plusieurs sens : la vue (pour lire la partition), le toucher (pour ressentir les vibrations de l’instrument), les mouvements (pour jouer les notes) et, bien sûr, l’audition. Cet entraînement multisensoriel améliore la capacité de traiter et d’intégrer les informations provenant des différents sens. Nos recherches ont montré que les musicien.ne.s professionnel.le.s sont meilleur.e.s pour distinguer les fréquences et identifier les émotions dans la musique, et ce, non seulement lorsque les enchaînements de sons sont entendus, mais aussi lorsqu’ils sont ressentis par le toucher. Ce phénomène s’explique par la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau de se modifier avec l’entraînement. Plus un sens est sollicité, plus le cerveau améliore son traitement de l’information qui en provient. C’est pourquoi les musicien.ne.s professionnel.le.s développent une meilleure capacité d’analyser les sons de leur environnement et d’en extraire les éléments importants. Les recherches montrent également que ces bienfaits se maintiennent avec l’âge chez les musicien.ne.s professionnel.le.s. C’est pour cela que nous nous sommes intéressés à l’utilisation de la musique comme outil de réadaptation auditive. Cependant, après avoir examiné la littérature scientifique sur le sujet, nous avons constaté qu’il n’était pas clair si les bienfaits observés étaient limités aux professionnel.le.s ni quel impact le degré d’expertise musicale, l’âge et la perte auditive pouvaient avoir sur la perception musicale.
Dans notre récente étude, nous avons recruté 77 personnes âgées de 60 à 90 ans, avec des niveaux d’expertise musicale variés et une audition allant de normale à une perte auditive importante, afin d’examiner le lien entre ces facteurs et la perception de la musique. Les participants ont d’abord passé une évaluation de leur audition et rempli un questionnaire sur leur expertise musicale, avant de réaliser des tâches évaluant leur perception du rythme, de la mélodie et leur capacité de distinguer différents instruments de musique.
Premier constat :
74 % des personnes qui affirmaient ne pas avoir une baisse d’audition avaient en réalité une perte auditive dans au moins une oreille. De plus, seulement 32 % des personnes ont indiqué porter un appareil auditif quotidiennement, ce qui est préoccupant ! Le tout souligne l’importance de consulter un audiologiste dès les premiers signes de baisse de l’audition (les signes de perte auditive peuvent inclure des difficultés à entendre les conversations dans des environnements bruyants, à comprendre les voix chuchotées, à comprendre la télévision, etc.).
Les résultats ont révélé que les participants ayant une expérience musicale obtenaient de meilleurs scores dans toutes les tâches de perception musicale, indépendamment de leur âge ou de leur degré de perte auditive. De plus, la quantité d’expérience musicale prédisait une meilleure précision dans les tâches de perception musicale, tandis que la perte auditive était associée à une diminution significative des résultats chez les individus n’ayant aucune expérience musicale. Ces observations suggèrent que la pratique musicale pourrait avoir un effet protecteur sur les capacités auditives centrales, aidant à maintenir une bonne perception musicale malgré la présence d’une perte auditive liée à l’âge. Ces conclusions confirment le potentiel de l’entraînement musical en tant qu’outil de réadaptation auditive.
Cependant, une question demeure : apprendre à jouer d’un instrument de musique ou développer des compétences d’écoute musicale à un âge avancé pourrait-il produire des effets similaires ? Un projet de recherche en cours dans notre laboratoire explore cette question. Pour participer au projet, consultez notre page Facebook :
En conclusion, il est important d’encourager les personnes malentendantes engagées dans des activités musicales, telles que la pratique d’un instrument ou la participation à une chorale, à poursuivre et à persévérer dans ces pratiques, et ce, même à un âge avancé. Enfin, il est essentiel de consulter un audiologiste dès les premiers signes de baisse d’audition afin d’agir rapidement et préserver sa santé auditive.