La relève – Emily D’Angelo : Auditions du Metropolitan Opera 2016

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Voici la nouvelle révélation canadienne de l’opéra qui a volé la vedette la saison dernière : la mezzo-soprano torontoise Emily D’Angelo, 21 ans. Comme bon nombre de chanteurs en dernière année de scolarité, elle a auditionné à de nombreux concours et programmes de formation, qu’elle a d’ailleurs souvent remportés (voir l’encadré). Elle a terminé sa lancée en mars dernier aux auditions du Metropolitan Opera de New York en devenant l’une des cinq lauréates remportant la somme de 15 000 $ US. Son doux legato et son timbre riche ont immédiatement séduit le jury lors de son interprétation du Barbier de Séville de Rossini et de Must the Winter Comes so soon?, tiré de Vanessa de Samuel Barber. Chanter avec l’orchestre dans l’immense salle d’opéra du « Met » n’a pas semblé la perturber outre mesure : « En fait, c’est assez merveilleux de chanter sur cette scène malgré sa taille. On dirait qu’il y a quelque chose dans l’air qui nous met en confiance avec l’acoustique, sans oublier que la première de l’œuvre de Barber a eu lieu ici même; c’était vraiment particulier. »

Malgré son succès, D’Angelo garde les deux pieds sur terre : « De toute façon, un chanteur ne peut jamais prétendre s’être préparé à 100 %. Il y a toujours du travail à faire, dit-elle. Même si l’on est en pleine possession de ses moyens et que l’on se sent fin prête, on ne sait jamais. C’est tellement subjectif. On ne peut que faire de son mieux et voir ce qui va se passer. J’ai été ravie du résultat. Il faut rester humble, mais toujours aller de l’avant. Participer à ce genre de concours nous permet d’entendre d’autres chanteurs tellement incroyables et nous force à constater à quel point il y a des gens talentueux dans le monde. »

Cette aventure a été une expérience enrichissante pour elle : « En se mettant au défi, on ne peut que constater ce dont on est capable et ce que l’on peut supporter, dit-elle. Si je n’avais pas essayé, je ne l’aurais jamais su. Ça oblige à garder le contrôle au point de vue personnel, à rester concentré et à comprendre combien tout cela peut nous apporter. »

D’Angelo est reconnaissante envers ses professeures Elizabeth McDonald, de l’Université de Toronto, et Patricia McCaffery, à New York, de l’avoir aidée à garder le cap. Lorsqu’on discute avec elle, les mots « travailler fort » reviennent comme un leitmotiv dans la conversation. Elle aborde la musique comme un travail à plein temps : « Dormir suffisamment, ne pas sortir tard le soir ou dans des bars bruyants, demeurer en bonne santé, pratiquer, apprendre son répertoire, faire ses recherches et développer son langage musical : autant de choses qui assureront d’offrir une performance de haut niveau et d’emmagasiner le plus de connaissance possible. À mon âge, c’est le moment ou jamais de le faire. »

Les débuts

Emily D'Angelo mezzo, COC

Emily D’Angelo mezzo, COC

Emily D’Angelo est née dans une famille de musiciens (sa grand-mère est pianiste) et a commencé à chanter dès l’âge de trois ans, avant même d’apprendre à parler. Ses origines italiennes l’ont grandement influencée : « Mes parents m’ont inscrite à des cours d’italien chaque samedi matin jusqu’à ce que je finisse le secondaire. Et j’ai continué à l’étudier jusqu’à l’université, précise-t-elle. L’opéra a fait partie intégrante de ma vie. J’écoutais Cecilia Bartoli et Pavarotti en me rendant à mes cours d’italien. »

D’Angelo a été alto avec la Toronto Children’s Chorus pendant neuf ans, ce qui lui a permis d’apprendre à lire la musique et à chanter en allemand et dans d’autres langues tout en acquérant de l’expérience sur scène, notamment lors d’une tournée internationale au Musikverein de Vienne. À 15 ans, elle a amorcé des leçons de chant privées avec Heather Wilkie, qui l’a encouragée à explorer le registre aigu de sa voix : « Dans une chorale, on essaie de se fondre aux autres. En solo, on est seul avec le piano ou l’orchestre, dit-elle. Il faut laisser sa voix prendre de l’ampleur, alors que dans une chorale, il n’est pas nécessairement possible d’y aller en puissance ou de montrer sa véritable personnalité musicale. »

Au secondaire, étant donné qu’elle chantait déjà énormément au sein de la chorale et dans ses leçons privées, D’Angelo a décidé de s’inscrire dans le programme de cordes : « J’ai joué du violoncelle, et cela a nourri mon chant et ma musicalité, dit-elle. On demande constamment aux instrumentistes de chanter et aux chanteurs d’imiter l’archet. J’ai adoré jouer les suites de Bach, qui sont très exigeantes parce qu’on est seule et vulnérable. Je jouais Elegy d’Elgar et Le Cygne du Carnaval des animaux de Saint-Saëns. »

En douzième année, D’Angelo décide de poursuivre des études d’opéra et de passer des auditions à l’Université de Toronto, alors qu’elle étudiait en privé avec McDonald. C’est à partir de ce moment qu’elle a commencé à obtenir des rôles principaux. L’été suivant, elle interprétait Sesto dans Giulio Cesare, au Halifax Summer Opera Festival; Néron dans L’incoronazione di Poppea; Annio dans La clemenza di Tito, au Centre for Opera Studies en Italie; et Berta dans Le barbier de Séville, au York Opera. D’Angelo a également participé au young artists programs du Ravinia Festival et au SongFest de la Colburn School.

Aujourd’hui

Metropolitain Opera Competition Finals, Photo: Ken Howard, Metropolitan Opera

Metropolitain Opera Competition Finals, Photo: Ken Howard, Metropolitan Opera

Après un été chargé au Spoleto Festival sous la direction de James Conlon marquant ses débuts en Europe, et un retour au Ravinia Festival en tant que boursière, D’Angelo s’est jointe récemment à l’Ensemble Studio de la Canadian Opera Company, où elle interprétera Zweite Dame dans La flûte enchantée, et tiendra le rôle-titre dans Ariodante.

Avec une tessiture allant d’un la grave à un do aigu, D’Angelo refuse d’être classée dans telle ou telle catégorie : « Chaque voix est difficile à classer dans une catégorie, alors pourquoi le faire? On devrait pouvoir chanter ce qui nous fait du bien et ce dont on a envie. Je ne sais pas quelle direction prendra ma voix. Je n’ai aucun plan pour elle, pas plus que pour mon type de voix. Si elle évolue, j’évoluerai avec elle. Pour l’instant, j’adore mon répertoire. C’est excitant parce que la voix est en perpétuel changement et je ne sais pas où cela me mènera. Je suis heureuse si ma voix est heureuse. »

Traduction: Patrick Goyette

» www.coc.ca, www.emilydangelo.com

L’année D’Angelo :

  • Premier prix au concours Carolyn Bailey and Dominick Argento 2016 de la National Opera Association;
  • Deuxième prix au concours OREL Foundation Ziering-Conlon 2015;
  • Bourse d’encouragement au concours de la George London Foundation 2016;
  • Concours de la Gerda Lissner & Liederkranz Foundations 2015;
  • Prix Norcop de l’Université de Toronto, où elle a fait ses études;
  • Premier prix et prix Choix du public au concours de l’Ensemble Studio de la Canadian Opera Company remis lors du gala Centre Stage;
  • Lauréate aux auditions du Metropolitan Opera 2016.

Mélodies préférées

  • Schubert: Im Walde
  • Mahler: Ich bin der Welt abhanden gekommen
  • Messiaen: Poemes pour Mi and Harawi
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