Claude Gingras : Auditions

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Claude Gingras Auditions

En 2014, le célèbre chroniqueur culturel Claude Gingras publiait, sous le titre Notes, une galerie de personnages connus ou inconnus qui ont jalonné sa vie durant ses soixante ans et plus de journalisme à La Presse. Racontées avec la verve qu’on lui connaît, ses anecdotes, parfois croustillantes, ont fait le bonheur de ses lecteurs.

Ceux qui sont restés sur leur faim peuvent se réjouir. Ce fin observateur de la vie musicale récidive cette année avec Auditions, un second volume qui ne sera peut-être pas le dernier, puisqu’il avoue que ses réserves ne sont pas encore épuisées. Dans cette collection de plus de quatre-vingts interviews, Claude Gingras a choisi de donner vie à des artistes de toutes les disciplines qu’il couvrait dans les années 1950 et 1960. Il ne faudra pas s’étonner d’y voir Jerry Lewis, Tino Rossi, Fernandel et Marlene Dietrich côtoyer Alfred Brendel, Pierre Monteux, Leonard Bernstein et Cecilia Bartoli.

Certains artistes dont il a été question dans le premier livre reviennent dans le second : Charles Dutoit, Zubin Mehta, Kent Nagano, Yannick Nézet-Séguin, Mstislav Rostropovitch, Joseph Rouleau et Arthur Rubinstein. Trois rencontres avec Maria Callas sont longuement expliquées dans Notes et résumées dans Auditions. Enfin, on trouvait dans le premier livre un incident amusant sur le maire Jean Drapeau qui avait invité l’auteur dans son restaurant Le Vaisseau d’or et tentait d’expliquer que ce n’était  PAS un restaurant, mais une salle de concert où l’on servait à manger. On retrouve le maire dans Auditions en 1964, alors qu’il parle de son grand rêve, l’Opéra de Montréal, qui verra le jour sans lui plusieurs années plus tard.

Les anecdotes savoureuses se succèdent. En 1968, le Rideau Vert s’apprête à fêter son 20e anniversaire avec la création d’un jeune auteur inconnu, Michel Tremblay. En ouvrant la porte à notre chroniqueur, Tremblay s’écrie : « J’peux pas croire que je vais avoir la front page de La Presse ! » Il avoue que les deux « dames du Rideau Vert » n’aiment pas sa pièce qu’elles trouvent « bien vulgaire ».

En 1979, Claude Gingras mentionne à János Starker une pièce que le violoncelliste a jouée en 1973. Starker assure que ce n’est pas cette pièce qu’il a jouée. Ils s’obstinent un moment et prennent un pari. La mémoire phénoménale et les archives inépuisables de notre chroniqueur auront raison de Starker, qui enverra un magnum de champagne pour se faire pardonner.

Le pianiste François-René Duchâble, qu’il rencontre en 1999, lui annonce solennellement la date de ses « adieux » : le 31 juillet 2003. À la date qu’il avait choisie, le pianiste mit fin à sa carrière en jetant son piano dans un lac du haut d’un hélicoptère.

On apprendra à travers le recueil que Bernard Lagacé a donné deux fois en concert l’œuvre complet pour orgue de Bach, la plus grande réalisation signée par un organiste québécois et que c’est le violoniste Isaac Stern qui empêcha la démolition de Carnegie Hall, l’emblématique salle new-yorkaise.

Si on a parfois grincé des dents en lisant certaines des critiques de Claude Gingras, on peut maintenant se réjouir que le réputé chroniqueur fasse revivre, avec humour et fantaisie, ces personnages flamboyants de la scène internationale souvent tombés dans l’oubli. C’est un important devoir de mémoire qu’il est l’un des seuls à pouvoir réaliser.

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