Critique de concert : L’étrange magie de l’improvisation au FMCM

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Hon. Tommy Banks, Jens Lindemann et Éric Lagacé. Photo: Victor Brott

L’enthousiasme était palpable à la fin de l’ouverture du FMCM jeudi dernier, le 9 juin à la salle Pollack, mais les opinions étaient mitigées. La soprano Measha Brueggergosman et le trompettiste Jens Lindemann étaient les vedettes d’un spectacle très différent de celui attendu par le public.

Après l’entracte, le programme promettait un arrangement de l’Air sur la corde de sol de Bach. Le public a plutôt eu droit à un avant-goût du concert jazz du 10 juin. L’honorable Tommy Banks (piano), Eric Lagacé (contrebasse) et David Laing (batterie) ont joué un programme spontané de Duke Ellington, Louis Armstrong, George Gershwin et Oscar Peterson, parsemé d’aimables plaisanteries de la part de Lindemann et Brueggergosman, au grand plaisir de certains membres du public. Est-ce que ce charme, toutefois, a pu compenser pour d’inattendus changements de programmation?

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Festival String Quartet et Ali Yazdanfar, contrebasse. Photo: Victor Brott

La soirée a débuté par la célèbre Eine Kleine Nachtmusik de Mozart, interprété par le Quatuor à cordes du Festival (Giora Schmidt et Andrew Wan, violon; Barry Schiffman, alto; Denis Brott, violoncelle). Schmidt, premier violon lors du Mozart, a choisi une approche plutôt agressive qui contrastait avec le son raffiné créé par Andrew Wan lors du « Sound the Trumpet » de Purcell, en clôture de la première partie.

Le Quatuor du Festival semblait mal préparé, et le deuxième mouvement de la Nachtmusik a malheureusement déraillé, peut-être faute de répétition (dans un temps limité de préparation !) Malheureusement, les musiciens jazz en seconde partie n’étaient guère mieux préparés : Lindemann a dû masquer de fioritures jazz certains lapsus entre les musiciens. La soirée s’est terminée par une prestation impromptue d’Hymn to Freedom par Brueggergosman, qui a invité la foule à se joindre à elle.

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Tommy Banks, Jens Lindemann, Éric Lagacé, Measha Brueggergosman et Dave Laing. Photo: Victor Brott

Comme nous l’a confié Lindemann, le manque de temps de répétition fait partie du métier lorsqu’on joue au Festival de musique de chambre de Montréal – ce qui peut être un atout. « Lorsque des artistes créent quelque chose, on peut voir une certaine magie. C’est une énergie différente qu’on ne retrouve pas ailleurs, » explique le trompettiste.

« En fait, j’ai une vieille tradition avec Senator Banks. Nous ne répétons jamais avant une prestation. Nous privilégions la spontanéité, et nous avons voulu secouer un peu les choses dans la seconde partie. J’aime bien faire cela pour le public ; ils sont témoins d’une sorte de magie qui ne se produit jamais deux fois. »

Les meilleurs musiciens du pays peuvent certainement se permettre de faire quelques changements. La chimie entre Lindemann et Brueggergosman a permis d’éviter une soirée un peu étrange, offrant plutôt au public une prestation très honnête dans une atmosphère intime. C’est comme si le public a pu assister à une session d’improvisation après-concert.

« On pourrait emprunter le terme sportif ‘audible’ pour décrire la soirée, » a expliqué Lindemann à LSM. Il se réfère à une tactique de football dans laquelle le quart-arrière crie des instructions impromptues au reste de l’équipe.    

« Nous n’avons pas averti Denis [Brott] – c’est Measha qui a improvisé. Elle a dit ‘je veux chanter quelque chose de différent,’ et Banks a trouvé la bonne tonalité, parce qu’il est génial. Lorsque tout le monde sur scène est un grand musicien, il s’établit une certaine confiance, qui permet de se dire ‘bon, essayons quelque chose de différent.’ »

Est-ce que la magie a résonné chez certains ? Sans aucune doute. Toutefois, chaque membre du public a déboursé près de 60$ pour un concert de musique de chambre, et non pour une session d’improvisation. On aurait pu s’attendre à ce que ces grands musiciens atteignent un certain niveau de qualité – surtout dans des standards du répertoire jazz et classique.

Il est impossible de se préparer pour le genre de concert offert part le FMCM le 9 juin dernier. L’achat d’un billet n’est pas une garantie, et on ne sait jamais à quelle surprise on aura droit – les heureux hasards n’ont pas de prix !

Traduction par: Michèle Duguay

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A propos de l'auteur

A lover of words, literature, music, and culture, Clark makes her home in Montréal where she enjoys going to libraries and museums, playing flute, guitar, and ukulele, and sewing and DIY projects. She is currently section editor of La SCENA at La Scena Musicale. / Passionnée de la culture et surtout des mots, de la littérature et de la musique, Rebecca Anne Clark habite à Montréal où elle aime aller aux bibliothèques et aux musées, jouer la flûte traversière, la guitare, et l'ukulélé, et aussi la couture et le bricolage. Elle est actuellement rédactrice arts de La SCENA à La Scena Musicale.

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