Musique, haute-fidélité et émerveillement

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En 2009, alors que je me joignais à l’équipe de direction de l’Orchestre symphonique de Québec, a germé l’idée de mettre sur pied des causeries musicales préconcert au Grand Théâtre de Québec afin de ­partager ma passion pour la musique ­classique. Puis se sont ajoutées des conférences-auditions-projections avec des partenaires comme le Musée de la Civilisation de Québec, la Grande Bibliothèque Gabrielle-Roy et l’Université Laval. Maintenant, je ­communique ma passion par des causeries-auditions dans le grand réseau des bibliothèques, des maisons de la culture et d’autres organismes culturels de Montréal, Trois-Rivières et Québec. Enfin, depuis 14 ans déjà, j’anime avec bonheur une émission à Radio VM 91,3 FM à Montréal où j’ai le privilège de partager mon enthousiasme pour la musique classique.

Ce qui me passionne par-dessus tout, ce n’est pas seulement de faire découvrir cet immense répertoire de la belle et grande musique, mais encore de partager avec les auditeurs mes recherches sur les vertus thérapeutiques de la musique et de son écoute attentive, active et consciente. Dans un échange réalisé en 1971, le grand pianiste Glenn Gould a confié à John Roberts sa conviction en la « valeur thérapeutique et réparatrice de l’art ». Gould vante aussi les vertus de l’écoute musicale à la maison, dans le calme, à l’abri, dans un contexte qui favorise « un état contemplatif ». Au cours de mes conférences, je tente de soustraire les auditeurs, le temps d’une causerie musicale, aux turbulences du quotidien et de les plonger dans un rare et précieux moment de réelle écoute musicale. S’offrir le luxe d’un bref moment d’écoute attentive, concentrée, dans une attitude qui favorise le contact avec la nature profondément bienveillante d’une musique inspirée, voilà ce que je propose aux personnes présentes !

Au début, je ne portais qu’une attention secondaire à la qualité des équipements ­utilisés, croyant qu’en cette ère de musique compressée, écoutée distraitement sur des ­téléphones portables souvent dans un environnement bruyant, cela ne se remarquerait pas. Mais à la suite d’une visite des ateliers de Simaudio, une entreprise située à Boucherville, ma perception a soudainement changé. Un ­partenariat avec la compagnie m’a permis d’utiliser un de leurs appareils audio Moon dans mes conférences. On a tort de penser que cette qualité de perception est réservée à un cercle d’initiés, à des oreilles éduquées qui ont cultivé de longue date ce raffinement audio. À mon grand étonnement, un grand nombre de personnes de l’assistance témoignaient de leur ravissement à l’écoute musicale offerte et la vaste majorité percevait et appréciait la qualité de ces équipements sophistiqués.

Pour citer Ghyslaine Guertain, professeure de philosophie au Collège Édouard-Montpetit, « Glenn Gould réserve à la technologie un rôle primordial dans la réalisation des conditions idéales en vue de permettre […] l’extase musicale qui ne peut s’accomplir que dans l’intimité ». Pour Gould, il était nécessaire d’utiliser une technologie de fine pointe lors des enregistrements musicaux pour réaliser ­l’expérience d’audition musicale optimale dans l’intimité de son foyer. Mais comme disent les spécialistes : Garbage in – garbage out. Peu importe la ­qualité de la chaîne haute-fidélité utilisée, la qualité des enregistrements est fondamentale et il est faux de croire que toute la matière sonore évacuée lors de la ­compression n’a pas d’incidence sur la qualité de l’enregistrement. Lorsque toutes les ­composantes de la chaîne haute-fidélité sont soignées, les enregistrements choisis et les conditions d’écoute optimales (intimité, tranquillité, écoute attentive), l’expérience est magnifiée, tant sur le plan ­émotionnel et ­physiologique que spirituel. Le Dr Daniel Levitin, neuroscientifique à l’Université McGill, affirme que les régions du cerveau ­stimulées par une écoute musicale agréable sont identiques à celles qui sont ­stimulées par l’usage de drogue ou durant l’acte sexuel. Selon Levitin, l’écoute musicale ­permettrait la sécrétion dans l’organisme de dopamine, l’hormone du bien-être, de prolactine, l’hormone du réconfort en lien avec les mères qui allaitent, et d’ocytocine, l’hormone de la confiance, en lien avec la sexualité et les relations harmonieuses avec des tiers. Toujours dans la même veine de recherche, une étude réalisée conjointement par l’Institut neurologique de Montréal et l’Université McGill arrive à la conclusion que « non seulement la musique produit-elle des sensations de plaisir […] mais en termes simples, la musique agit comme un carburant spécial qui stimule des millions de ramifications nerveuses cérébrales qui, autrement, resteraient dormantes et sous-développées […] Durant les moments d’euphorie ­musicale, le sang voyage dans le cerveau à des endroits où, comme le sexe, le chocolat et le champagne, il produit satisfaction et joie et se retire des cellules du cerveau associées à la dépression et à la peur ».

Le physicien David Bohm, élève d’Einstein, explique dans le livre La Source noire de Patrice van Eerse qu’il existe un ordre sous-jacent au nôtre, un univers implicite dont nous savons fort peu de choses et dont notre univers n’est qu’une expression. Cet ordre implicite est replié au fond des choses. Bohm dit connaître au moins deux moyens d’explorer cet ailleurs. « Le premier est mathématique, plus tranchant peut-être, mais plus limité. Le second, c’est l’émotion musicale. Il suffit d’être humain pour posséder ce moyen qui vous livre l’essentiel de ce que nous, mathématiciens et chercheurs de la physique théorique, finissons par comprendre, après des années de labeur. À l’instant précis où la musique vous émeut, si vous êtes attentif, vous pouvez percevoir comment le passé, le présent et l’avenir se télescopent en un seul point, un point qui est votre conscience. L’émotion est certainement une façon d’accéder à l’ordre implicite. Il nous sera sans doute à jamais impossible de capturer cet ordre par des mots. » Que demander de plus à une ­expérience musicale de haut niveau !

Il va de soi que s’offrir une chaîne haute-fidélité de qualité exige un certain prix, mais dans un monde d’obsolescence programmée où les appareils vendus sont pratiquement jetables après quelques années d’utilisation, une bonne chaîne audio est un investissement durable pour une expérience émotionnelle exceptionnelle, une source d’émerveillement constant. Soignez donc votre écoute !

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