Calendrier Danse – 15 novembre 2017 – 28 février 2018

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Dès le 15 novembre et pour une dizaine de représentations, le Théâtre de Quat’Sous invite la danse sur ses planches avec une cocréation de la chorégraphe Estelle Clareton et du metteur en scène et auteur Olivier Kemeid, à la direction artistique du lieu depuis un an. Sous la nuit ­solitaire aborde le sujet difficile des failles de l’être adulte qui perd pied dans l’anxiété, lorsque la maturité ne peut rien contre le ressac de la dépression. Les mots vifs d’Olivier Kemeid ­croisent le fer avec la gestuelle imagée, souvent naïve et touchante d’Estelle Clareton. Ils ont réuni pour cet entrelacement singulier de danse et de théâtre des interprètes de choix capables d’endosser les deux vocabulaires, parmi lesquels la danseuse Esther Rousseau-Morin, d’une ­présence captivante, Ève Pressault et Éric Robidoux dont le duo physique et mordant avait irradié dans Oxygène de Christian Lapointe, ainsi que Larissa Corriveau, Mark ­­­Eden-Towle, Nicolas Patry et Renaud Lacelle-Bourdon.

www.quatsous.com

En parallèle, Tangente poursuit ses séries et mises en regard en se penchant sur la « Fluidité du genre ». Vu ses précédentes recherches avec Priscilla Guy par exemple (Deux squelettes, 2017) et Philippe Dandonneau (J’ai rasé mes jambes…, 2016), ou son apparition dans la récente étude du narcissisme moderne d’Angela Konrad, on ne s’étonnera pas de la présence dans ce ­programme de l’interprète et chorégraphe Sébastien Provencher avec Children of Chemistry, une pièce pour cinq danseurs dévoilée à Quartiers danses il y a deux ans. Mais pour secouer les stéréotypes, Manuel Shink promet certainement d’apporter une approche différente de la masculinité sur scène. Révélation encore récente du Festival ZH et des Danses Buissonnières 2016 de Tangente, ce performeur queer témoigne d’une génération pour laquelle les genres et leur malléabilité sont moins une source de questionnements qu’une inspiration et une aspiration à plus de liberté. Ce double ­programme intitulé Du stéréotype à l’icône : transcender les masculinités sera présenté du 16 au 19 novembre à l’Espace Danse du Wilder.

www.tangentedanse.ca

Décembre sera un gros mois pour Danse danse avec la tenue, enfin, du spectacle Dance Me pensé et réalisé par les Ballets Jazz de Montréal autour de l’œuvre du défunt Leonard Cohen (pour lequel la compagnie a défendu une exclusivité des droits contestée dans le milieu artistique). Rendez-vous du 5 au 8 décembre au Théâtre Maisonneuve pour admirer les polyvalents danseurs des BJM dans une forme longue concoctée par les ­chorégraphes Annabelle Lopez Ochoa, Andonis Foniadakis et Ihsan Rustem. À la suite de quoi le diffuseur offrira une visibilité rare à l’artiste montréalaise Clara Furey en programmant sa création Cosmic Love durant deux semaines du 6 au 16 décembre à la Cinquième Salle. Développée en association avec la formation Par B.L.eux de Benoît Lachambre, cette œuvre s’annonce un subtil mélange d’épure et d’intensité, rassemblant sur le plateau, en plus de la conceptrice du projet, Francis Ducharme (ancien partenaire du Roméo et Juliette de Catherine Gaudet et Jérémie Niel, 2016), Winnie Ho, Peter Jasko (ancien partenaire dans Untied Tales, 2015) et Benjamin Kamino.

www.dansedanse.ca

Pas de période des fêtes sans Casse-Noisette, et l’entrée en fonction d’Ivan Cavallari à la direction artistique des Grands Ballets Canadiens de Montréal n’y fera pas défaut. Le nouveau directeur envisage même d’en ­présenter à l’avenir plusieurs versions, dont celle qu’il a lui-même signée pour le Ballet de l’Opéra du Rhin l’an passé. Invité du 7 au 10 décembre à Québec, le spectacle chorégraphié par Fernand Nault il y a près d’un demi-siècle, d’après le conte d’Hoffmann et la musique de Tchaïkovski, prendra l’affiche à la salle Wilfrid-Pelletier du 14 au 30 décembre. Voir article p. 62.

www.grandsballets.com

Il faudra ensuite patienter jusqu’au mois de février pour frissonner à la visite de la compagnie barcelonaise La Veronal, toujours à ­l’invite de Danse Danse, les 8, 9 et 10 février au Théâtre Maisonneuve. Partant de la contemplation du fameux tableau La Vénus d’Urbino de Titien, les dix interprètes de Siena se ­lancent à corps perdu dans les dédales d’une réflexion vivante sur l’art contemporain, la représentation, la position de spectateur. Orchestrée par Pablo Gisbert du collectif El Conde de Torrefiel à la dramaturgie, et sise dans un décor hyperréaliste de musée, Siena aura sans doute une profondeur et une clairvoyance similaires au fascinant La posibilidad que desaparece frente al paisaje présenté dans le cadre du dernier FTA. Couplée au geste révolté de La Veronal, ­l’expérience sera ­marquante et à ne pas ­manquer.

Puis direction La Chapelle scènes contemporaines pour finir le mois avec l’étrange Sang Bleu à compter du 25 février, une exploration en équilibre entre danse contemporaine et contorsion. À l’occasion de ses plus récentes créations – Mange-moi puis Cherepaka en solo et La putain de Babylone avec plusieurs danseuses, comédiennes, acrobates et la musique des Tiger Lillies –, l’artiste Andréane Leclerc a pris quelque ­distance avec le cirque en se rapprochant de ses allégeances théâtrales. Elle frotte ici sa pratique contemporaine et sa conception du corps et de l’organicité à l’univers du chorégraphe et danseur Dany Desjardins. Dans cette étude charnelle sur la métamorphose, voire la décomposition, le rapprochement des corps laisse présager une composition ­morbide et aussi virtuose, visitant des extrêmes de la fusion au rejet.

www.lachapelle.org

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