Critique : Tristan Longval-Gagné, plaisirs virtuoses

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Le pianiste Tristan Longval-Gagné a donné un récital extrêmement bien ficelé à la Place des Arts les 31 janvier et 1er février derniers. C’est avec autodérision qu’il affirme que le piano peut tout jouer. Il le prouve de belle façon dans un programme constitué de transcriptions. Longval-Gagné a un plaisir évident à être sur scène et à partager sa passion avec le public. Son récital est ponctué d’anecdoctes, de faits historiques et musicaux et de mises en contexte fort utiles.

En ouverture du concert, le prélude de la 3e Partita pour violon seul BWV1006 de Bach, transcrite par Rachmaninov. Le jeu est délicat et l’on sent une certaine nervosité de la part de l’artiste. On aurait souhaité plus de nuances et percevoir davantage l’influence de Rachmaninov sur la partition de Bach.

Longval-Gagné poursuit avec la Sonate n° 5 en fa dièse majeur op. 53 de Scriabine. Dans cette œuvre, le compositeur tente de « transcrire » le cosmos et de dépeindre les différentes facettes de la création du monde. C’est une œuvre où les contrastes abondent et l’artiste les fait découvrir avec une grande sensibilité.

Il enchaîne avec l’Étude n° 4 du pianiste américain Earl Wild, d’après la très populaire Embraceable You de Gershwin, suivi d’une transcription du jeune pianiste lui-même du Prelude, Fugue & Riffs de West Side Story de Bernstein. Il souligne les luttes raciales dans West Side Story et insiste sur l’actualité de la pièce. Dans cette transcription, il utilise le piano comme instrument percussif, ce qui amène une autre dimension à son interprétation. Les surprises de la partition font le bonheur du public et du pianiste.

La première partie se termine avec une interprétation grandiose des virtuoses Arabesques de concert sur Le beau Danube bleu d’Adolf Schulz-Evler. C’est avec beaucoup d’humour que Tristan compare l’œuvre à Charlie Chaplin, qui rend une action toute simple très compliquée. On aime l’analogie.

La deuxième moitié commence avec Isoldes Liebestod S. 447, une transcription de Liszt de l’œuvre de Wagner. La sublime mort d’Isolde transporte l’auditoire et Tristan – le pianiste ! – joue de manière très raffinée et subtile.

On découvre ensuite une transcription de Marc-André Hamelin de La Danza de Rossini. On y perçoit la musique vocale très ornementée du compositeur italien avec des clins d’œil au jazz et à Bach. C’est rafraîchissant et léger.

Par la suite, l’artiste nous amène dans un tout autre univers avec la pièce Winnsboro Cotton Mill Blues de Frederic Rzewski, un compositeur américain contemporain et activiste. Cette pièce dénonce les conditions de vie des Afro-Américains dans les filatures de coton et fait entendre des mélodies de blues mêlées aux bruits assourdissants et répétés des machines. Une pièce forte, superbement interprétée par le pianiste qui, transporté, se transforme sous les yeux des spectateurs.

Le récital se termine avec La Valse de Ravel. Œuvre conçue pour un ballet et transcrite par le compositeur lui-même, elle se révèle être un tourbillon cauchemardesque et virtuose dont seul Ravel a le secret.

C’est au son des « bravi ! » que s’achève un très agréable récital. Le pianiste entame une tournée du Québec en 2018 et c’est avec beaucoup d’empressement que l’on vous le recommande !

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