L’Off Jazz Montréal – disques en concert

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Pour certains, l’âge adulte commence à 18 ans. Le festival Off jazz Montréal atteint ce mois-ci ce chiffre symbolique, sa maturité toutefois acquise depuis son passage de l’été à l’automne en 2010. Il a grandi, certes, mais n’a pas grossi pour autant pour y arriver. Cette année, vingt-deux concerts tiendront ­l’affiche dont quatre programmes à deux volets.

Misant comme toujours sur notre communauté artistique, l’événement met l’accent sur des projets inédits, certains marqués par un lancement de disque. Quatre albums seront dévoilés durant ces neuf jours et une poignée d’autres sont déjà parus cette année.

  • François Bourassa – Number 9 (Disques Effendi)
  • Mercredi 11, Lion d’or, 21 h 30

Après six ans de silence, François Bourassa ­présente enfin son quartette dans un nouvel album dont le titre se passe de toute explication. Une fois de plus, il confirme son statut de musicien évolutionnaire. Ni styliste campé dans un langage bien appris ni radical aux visées révolutionnaires, il fixe la barre un peu plus haut chaque fois, la surmontant avec la complicité de ses fidèles accompagnateurs, le saxo André Leroux ­sonnant la charge. Sept pièces sont au programme, l’ouverture Carla und Karlheinz révélant ses atomes crochus pour le jazz de Mme Bley et la contemporanéité de Stockhausen. Le groupe ratisse donc large en employant un éventail de concepts sophistiqués, mais jamais hermétiques.

  • Josh Rager – Jondo (Bent River Records)
  • Jeudi 12, Maison de la culture Côte-des-Neiges, 20 h

Pianiste lui aussi, Josh Rager signe ici sa plus ambitieuse entreprise artistique à jour : une collection de sept ­originaux et un standard orchestrés pour un tentette de musiciens montréalais de premier plan. La pièce titre s’appuie sur un style de chant propre à la musique flamenco que le pianiste a cherché à transposer dans un langage jazz. La pièce d’ouverture (Prodigal Son) est un diptyque en hommage à son regretté professeur Jan Jarczyk qui poussait ses étudiants à ­développer leur musique sous forme de suites.

  • Daniel Arthur Trio – Vivid (Production d’artiste)
  • Mercredi 11, Café résonance, 17 h

Natif de Seattle, le pianiste Daniel Arthur présente ici sa première carte de visite argentée. Issu d’une famille musicale, il commence à pianoter dès six ans. Empreint autant de classique que de jazz, il nomme Keith Jarrett, Chick Corea et McCoy Tyner comme influences, sans oublier Oscar Peterson et Erroll Garner parmi les plus vieux. Il souligne aussi l’apport important de Jean-Michel Pilc avec qui il a étudié à McGill. Mais le classique résonne aussi dans les dix plages de son album, la pièce Shostakovich étant une réduction pour trio de la 14e Symphonie du Russe et Messiaen reposant sur l’usage de ses modes à transpositions limitées. Il en résulte de facture moderne, bien au-delà des formules convenues du jazz standard. Ses acolytes Ethan Cohn, b, et Éric Maille, btr., sont tout aussi solides, produisant ainsi un véritable triangle équilatéral.

  • Mario Allard Quintet – Diaporama (Disques MCM)
  • Dimanche 8, Upstairs Jazz Bar, 20 h

Dans son second disque, l’alto Mario Allard se sert d’une formule éprouvée en jazz : le quintette saxo-trompette avec section rythmique. Il explique son silence discographique de près de dix par un besoin de recherche personnelle et de maturité. En 2012, il part étudier avec Donny McCaslin à New York, lequel lui permet d’approfondir sa conception musicale par un travail sur les intervalles. Deux ans plus tard, il s’inscrit à la maîtrise à McGill où il fait connaissance de John Hollenbeck avec qui il parfait ses connaissances en composition. Le disque, pour sa part, se situe dans la lignée du hard bop, mais en version plus actualisée, autant par l’écriture que par des interprétations très vigoureuses, rehaussées du reste par une prise sonore des plus dynamiques. Quant au titre, il se renvoie à des images mentales ­évoquées par des événements ou des personnes qu’Allard a voulu projeter sur des écrans sonores. Le premier des huit titres (Snowden) se rapporte au « célèbre » délateur américain, selon les points de vue.

Sorties récentes

  • Benjamin Deschamps Quintet – Demi-Nuit (Disques MCM)
  • Dimanche 8, Upstairs Jazz Bar, 20 h 30

Benjamin Deschamps, alto également, partage aussi la même section rythmique que son collègue Allard dans son premier opus, lancé le printemps dernier. La pochette sombre et son titre laisse déjà entendre la teneur musicale, assez réfléchie dans l’ensemble avec une attention particulière à la composition. Preuve à ­l’appui, La prophétie, suite de plus de 25 minutes, a été conçue avec l’intention de laisser chaque membre intervenir en soliste. Deschamps reconnaît tout spécialement l’impact de trois de ses professeurs, Jean-Pierre Zanella, pour l’amour de la musique et de l’instrument, Rémi Bolduc pour la rigueur et Frank Lozano pour le sens de la découverte. Par ailleurs, Cannonball Adderley demeure toujours sa référence ­personnelle, à laquelle il ajoute Dick Oatts. À noter, Deschamps et Allard se partageront les honneurs de la même soirée.

  • Eric Hove Chamber Ensemble – Polygon (Inner Circle Music)
  • Chapelle historique du Bon-Pasteur, 20 h

Jamais deux sans trois, Erik Hove joue du même instrument que Deschamps et Allard. Sa proposition musicale, est résolument, sinon radicalement différente : ­utilisant l’approche dite spectrale, basée sur les ­fondamentales et leurs harmoniques naturelles, ce Vancouvérois d’origine abonde dans la microtonalité. En 2015, il autoproduisait Saturated Colours pour une formation mixte avec cordes et bois, plus proche d’une instrumentation de musique dite contemporaine que du jazz. Le printemps dernier, il récidivait avec la même combinaison d’instruments, cette fois-ci avec un complément de sonorités électroniques. Huit pièces de Hove sont au programme, assez succinctes, mais ouvertes à des interventions solistes, le chef prenant la part du lion. En un mot donc : une excursion aux confins mêmes du jazz et des musiques savantes.

Ailleurs au festival

Quelques autres concerts à signaler

Soirée d’ouverture au Lion d’or (5)

Sympathetic Frequencies (quartette du ­batteur Mark Nelson) suivi d’un ensemble du pianiste Rafael Zaldivar avec invité de New York, le saxo ténor Ben Wendell

Concert de clôture, salle du Gesù (14)

Il était une fois dans l’Off. Formation orchestrale sous la direction de MarianneTrudel

Pour amateurs de jazz orchestral

Joe Sullivan Big Band, Lion d’or (6)

Une légende au festival

Burton Greene trio avec Eric Normand, b. et Isaiah Ceccareilli, btr,. Maison de la culture Côte-des-Neiges (10).

Figure emblématique du free jazz, ce pianiste de 80 ans a enregistré dès 1965 pour la ­première étiquette américaine consacrée à cette musique, les disques ESP. Une occasion unique à ne pas rater pour tout amateur du genre. (Précédé par le tentette de Josh Rager.)

Programmation complète et billetteri www.loffjazz.com

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A propos de l'auteur

Marc Chénard is a Montreal-based multilingual music journalist specialized in jazz and improvised music. In a career now spanning some 30 years, he has published a wide array of articles and essays, mainly in Canada, some in the United States and several in Europe (France, Belgium, Germany and Austria). He has travelled extensively to cover major festivals in cities as varied as Vancouver and Chicago, Paris and Berlin, Vienna and Copenhagen. He has been the jazz editor and a special features writer for La Scena Musicale since 2002; currently, he also contributes to Point of Departure, an American online journal devoted to creative musics. / / Marc Chénard est un journaliste multilingue de métier de Montréal spécialisé en jazz et en musiques improvisées. En plus de 30 ans de carrière, ses reportages, critiques et essais ont été publiés principalement au Canada, parfois aux États-Unis mais également dans plusieurs pays européens (France, Belgique, Allemagne, Autriche). De plus, il a été invité à couvrir plusieurs festivals étrangers de renom, tant en Amérique (Vancouver, Chicago) que Outre-Atlantique (Paris, Berlin, Vienne et Copenhangue). Depuis 2012, il agit comme rédacteur atitré de la section jazz de La Scena Musicale; en 2013, il entame une collabortion auprès de la publication américaine Point of Departure, celle-ci dédiée aux musiques créatives de notre temps.

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