Jazz: Musiques @ 8

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Formation orchestrale singulière par sa grosseur, l’octuor – ou octette en jargon jazz – se situe à mi-chemin entre le « combo » et le grand ­ensemble. Son effectif instrumental est suffisamment gros pour permettre au compositeur d’écrire des arrangements de type big band, mais en modèle réduit, d’où la possibilité de mieux entendre chacune des voix instrumentales. Deux ensembles de cette envergure se produiront sur nos scènes cet automne, tous deux dans le réseau des Maisons de la culture. Dès la fin septembre, le pianiste Félix Stüssi accueillera cinq autres ­musiciens au sein de son trio Les Malcommodes à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, deux semaines avant la première de ­quatre ­presentations automnales du LoFi Octet, formation du contrebassiste Olivier Hébert.

Les Malcommodes s’accommodent

Les Malcommodes: Pierre Tanguay, Felix Stüssi, Daniel Lessard; Photo: Sonia Johnson

Les Malcommodes: Pierre Tanguay, Felix Stüssi, Daniel Lessard; Photo: Sonia Johnson

Présenté dans ces pages au printemps 2014, le pianiste Felix Stüssi fait partie de ces émigrés qui ont élu domicile chez nous. Natif du canton des Glairons en Suisse, il débarque sur nos rivages une première fois en 1986 et se fixe à Montréal en 1997 après plusieurs allers-retours. En 2005, il met sur pied un quintette, qui deux ans plus tard, remporte la palme du concours de jazz du FIJM. Il revient à la charge en incluant le tromboniste Ray Anderson à sa troupe, tourne avec elle au Canada et en Suisse et signe trois disques.

En 2010, le pianiste met sur pied un trio, Les Malcommodes, avec deux accompagnateurs rompus, le contrebassiste Daniel Lessard et le batteur Pierre Tanguay. Un disque au titre éponyme s’ensuit deux ans plus tard, chez Effendi, suivi d’une nouvelle tournée dans sa terre natale. Fort de ses ­succès, il relance le groupe ce mois-ci, cette fois en ajoutant cinq nouveaux complices à la distribution: le trompettiste Jean Kuba Séguin, les saxos André Leroux et Jean Derome – maintenant libéré de sa grande année de spectacles – la chanteuse Sonia Johnson et, de retour, l’éminent M. Anderson, coulisse en main et chanteur aussi.

Stüssi s’est lancé dans cette aventure, de loin son projet musical le plus ambitieux, pour couronner une année marquante dans sa vie. « En octobre 2015, j’ai célébré mes 50 ans, alors j’ai voulu faire quelque chose de spécial. J’ai un grand respect pour tous les musiciens que j’ai choisis, certains avec qui je n’ai jamais travaillé avant et que je n’ai jamais vus jouer ensemble. Cela m’a donné l’idée de les rassembler dans une formation inédite et de monter avec eux un répertoire d’une douzaine de pièces, nouvelles pour la plupart. Le plus important pour moi, c’est qu’ils aient du plaisir à les jouer: comment voudrait-on que le public apprécie quand les musiciens ne se sentent pas dans le coup? » Outre une contribution du tromboniste, le pianiste mettra ­également en musique deux de ses textes et quatre de la chanteuse, dont la voix sera aussi utilisée de manière purement instrumentale.

Pour soutenir son projet, Stüssi a lancé au printemps une campagne de financement en ligne qui se clôturera peu avant la tenue de l’événement. Par celle-ci, il invite le public à l’appuyer en tant que coproducteurs. À la tombée de cet article (mi-août), il en était aux trois quarts de son objectif, alors tous les signes sont bons pour qu’il l’atteigne, moyennant quelques petits coups de pouce d’amateurs désireux de l’appuyer dans la production d’un disque l’an prochain.

» Rappel concert : Chapelle historique du Bon-Pasteur, samedi 24 septembre, 20 h et dimanche 25, 11 h.
» Pour infos sur la camagne de financement : www.haricot.ca/project/malcommodes

Le lofi au défi

Bien qu’il compte aussi huit musiciens, ­l’ensemble du contrebassiste Olivier Hébert, le LoFi Octet s’adonne à une tout autre ­musique que celle du pianiste helvète. En 2013, Hébert lançait un disque éponyme, paru sous l’étiquette Odd Sound. Dans la foulée de deux concerts en début d’été, dont un au FIJM, cette formation amorce une première ronde de concerts en octobre, présentés dans le cadre du programme Tournée dans l’Île de la Ville de Montréal (v. détail en fin d’article). La proposition musicale, elle, se résume à une rencontre entre un quatuor à cordes classique et un quartette jazz. Pourtant, cet ensemble n’est pas le résultat d’un mariage de circonstance entre deux formations existantes, mais bien une unité complète rassemblée par son chef. Formé à l’Université de Montréal, le bassiste navigue aisément entre ces deux mondes, d’où l’idée de conjuguer les deux traditions. Cette ­approche, certes pas neuve, est semée d’embûches, notamment dans la manière de sentir la pulsation. Le disque, pour sa part, se déploie sur deux plans distincts: l’un d’eux se situe carrément dans le camp classique, l’autre dans le jazz. Sur le premier versant, près de la moitié des douze plages sont entièrement écrites et jouées uniquement par les cordes, incluant la contrebasse; l’autre versant, qui domine la seconde moitié de l’enregistrement, met davantage en valeur les solos jazz, ceux du trompettiste David Carbonneau se démarquant particulièrement, suivis de près par ceux du pianiste Jérôme Beaulieu. Le disque se termine de manière un peu surprenante avec une relecture de l’opus coltranien Giant Steps, interprété ici dans une version toute composée pour les cinq cordes, version qui n’est pas sans rappeler le Kronos Quartet à l’époque de son flirt avec le jazz.

Pour ses concerts, Hébert promet un répertoire renouvelé qu’il enregistrera au début de l’an prochain pour un second disque. Signalons enfin un changement de personnel au sein du groupe, soit la présence de la ­violoniste Josianne Laberge: vu son expérience en jazz, selon le bassiste, cela pourra bien modifier la donne, car elle sera appelée à improviser au même titre que les quatre ­jazzmen de l’ensemble,  Jérôme Beaulieu et le batteur William Côté arrondissant le tout.

Hébert reviendra à la charge durant l’hiver avec six autres concerts commençant en février. Histoire à suivre. 

En concert dans les maisons de la culture (à 20 h, sauf indication contraire).
6–10: Pointe-aux-Trembles
15–10: Maisonneuve
20–10: Marie-Uguay
27–10: Église Jean-XXIII (19 h 30)

www.accesculture.comwww.lofioctet.com

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A propos de l'auteur

Marc Chénard is a Montreal-based multilingual music journalist specialized in jazz and improvised music. In a career now spanning some 30 years, he has published a wide array of articles and essays, mainly in Canada, some in the United States and several in Europe (France, Belgium, Germany and Austria). He has travelled extensively to cover major festivals in cities as varied as Vancouver and Chicago, Paris and Berlin, Vienna and Copenhagen. He has been the jazz editor and a special features writer for La Scena Musicale since 2002; currently, he also contributes to Point of Departure, an American online journal devoted to creative musics. / / Marc Chénard est un journaliste multilingue de métier de Montréal spécialisé en jazz et en musiques improvisées. En plus de 30 ans de carrière, ses reportages, critiques et essais ont été publiés principalement au Canada, parfois aux États-Unis mais également dans plusieurs pays européens (France, Belgique, Allemagne, Autriche). De plus, il a été invité à couvrir plusieurs festivals étrangers de renom, tant en Amérique (Vancouver, Chicago) que Outre-Atlantique (Paris, Berlin, Vienne et Copenhangue). Depuis 2012, il agit comme rédacteur atitré de la section jazz de La Scena Musicale; en 2013, il entame une collabortion auprès de la publication américaine Point of Departure, celle-ci dédiée aux musiques créatives de notre temps.

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