collectif9 : Repousser les limites

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collectif9

L’ensemble à cordes montréalais collectif9, reconnu pour repousser les limites musicales, s’aventure en territoire inconnu avec la sortie de son nouvel album Volksmobiles (voir la critique). Le CD comprend un premier enregistrement de Volksmobiles, œuvre composée par le Canadien Geof Holbrook.

Formé en 2011 par Thibault Bertin-Maghit, collectif9 est un ensemble de neuf joueurs d’instruments à cordes. Possédant tous une formation classique, ils n’ont pas peur de secouer les choses ! Les membres, qui se sont rencontrés lors de leurs études aux universités McGill et de Montréal, sont Yubin Kim, Frédéric Moisan, Grégor Monlun et Roland Arnassalon au violon; Scott Chancey et Xavier Lepage-Brault à l’alto; Andrea Stewart et Jérémie Cloutier au violoncelle; et Bertin-Maghit à la contrebasse.

Bien que collectif9 joue dans le style classique, son style audacieux est grandement influencé par la musique populaire. Les concerts combinent la vitalité rythmique du rock avec des éléments audiovisuels tels que l’éclairage et l’amplification. Ces innovations ont ouvert de nombreuses portes au groupe. 

« Il y a peu de salles au Québec qui ont d’aussi bonnes acoustiques que la Maison symphonique ou la salle Bourgie, et puisque notre son est amplifié, nous pouvons jouer presque n’importe où, dit Bertin-Maghit. Je pense que cela change certainement le public. Ce n’est pas le même type de concert, c’est beaucoup plus interactif grâce au contexte et à la façon dont on le présente. »

En jouant dans des clubs et salles de concert, dans des églises et à l’extérieur, collectif9 a réuni un public bien différent de celui des autres groupes de musique de chambre. « Puisque nous pouvons nous produire presque partout, dit Andrea Stewart, nous jouons à des endroits où les gens ne sont généralement pas à la recherche de musique classique. Ils se rendent au concert parce que c’est ce que la communauté fait. D’habitude, ils n’iraient pas voir un spectacle comme le nôtre et ne feraient pas l’expérience de la musique classique dans ce contexte. »

Bertin-Maghit arrange la majorité du répertoire de collectif9, ensemble unique composé d’un quatuor à cordes double agrémenté d’une contrebasse. Qu’il s’agisse d’une œuvre de Beethoven, Brahms, Chostakovitch ou Piazzolla, chaque pièce est arrangée spécialement pour le groupe. Sous la supervision de l’ingénieur du son Rufat Aliev, qui travaille en arrière-scène à chaque concert, chaque musicien peut  mettre sa voix en valeur en agissant tantôt en tant que soliste, tantôt en tant que collaborateur.

« En musique de chambre, les rôles changent constamment. Les rôles changent encore davantage quand nous sommes neuf musiciens et, en conséquence, il y a plus de possibilités, explique Bertin-Maghit. Nous sommes inspirés par les groupes où tous les membres sont également impliqués dans la performance. Ce n’est pas toujours le cas en musique; dès qu’un ensemble est plus grand, l’énergie et la communication entre les membres se modifient. »

L’esprit de collaboration du groupe transparaît dans leur jeu sur scène, lorsqu’ils livrent leurs miniatures – pourtant incroyablement complexes – avec un flair dramatique et une précision hors pair. « C’est musicalement satisfaisant pour tous, et nous sommes tous fiers de notre rôle à jouer dans chaque pièce », note Stewart. « Notre plus grande force est que le groupe reflète réellement chacun de ses membres », ajoute Bertin-Maghit.

Collectif9 est inspiré par des styles folkloriques très accessibles, qui disposent d’un fort profil rythmique. Chaque pièce de leur premier album explore un différent aspect du folk. La première, un arrangement du Rondo alla zingarese du quatuor op. 25 de Brahms, est l’une des pièces les plus populaires du groupe. Elle est suivie de l’atonale Sonata allegretto, un arrangement de la première sonate pour violon d’Alfred Schnittke. L’album comprend aussi le Divertimento pour cordes de Bartók et le Petit concerto d’André Gagnon, composé en l’honneur du violoniste québécois Jean Carignan.

L’album est nommé d’après l’œuvre commandée par collectif9 au Canadien Geof Holbrook. Volksmobiles a été écrite pour neuf parties de cordes égales avec amplification. Chaque mouvement exploite des thèmes minimalistes en tandem avec de forts éléments rythmiques. Le troisième mouvement, par exemple, incorpore une topographie de claques et de coups sur chaque instrument.

« Geoff compose et joue dans des contextes autant classiques que pop et son intérêt pour les deux genres cadrait avec notre approche, explique Bertin-Maghit. Le Volk du titre fait référence au folk. Le gros de notre répertoire est influencé par ce style, donc ce fut son point de départ dans la composition de l’œuvre. Le concept de mobil est représenté par le motif qui cascade d’instrument en instrument d’une pièce à l’autre. »

Au long du processus d’enregistrement, le groupe a développé un son personnel fidèle à ses prestations en concert. « Nous nous voyons comme un groupe de musique live, dit Stewart. Nous voulions conserver l’authenticité permise par un concert, mais puisque nous sommes aussi perfectionnistes, nous avons voulu faire de notre mieux sur ce disque. » D’après Bertin-Maghit, « on y entend les instruments de très près, on entend les détails ».

Collectif9 n’a pas toujours envisagé de lancer un album. « Au début, un CD n’était pas notre objectif, dit Bertin-Maghit. Nous avons d’abord tourné des vidéos, puis nous avons joué des concerts. Finalement, nous nous sommes dit « voilà, nous avons besoin d’un CD ». »

Le lancement de Volksmobiles aura lieu le 19 février au Théâtre Outremont, à Montréal. L’ensemble se lancera ensuite dans une tournée de 30 concerts, comme un groupe rock, traversant le Nouveau-Brunswick, le Québec et l’Ontario. Le 10 mars, collectif9 se produira pour la première fois à Toronto, dans un concert au Jane Mallett Theater présenté par Music Toronto. Cette tournée suit de près la première tournée internationale de collectif9. L’ensemble a passé la saison de Noël en Chine et y fut très bien reçu par la critique.

Malgré les défis que pose une importante tournée, le groupe n’oublie pas ses racines, en gardant une petite équipe de gestion et en déléguant plusieurs tâches aux musiciens eux-mêmes. « Nous avons un minibus, pour lequel j’ai dû obtenir un permis spécial, raconte Stewart en riant. C’est à peine si on y entre tous les dix. »

Lorsqu’on l’interroge sur la prochaine étape, elle rit encore. « Nous avons trop de plans. Nous voyons grand. » Pour collectif9, une seule chose est certaine : la recherche de nouveaux sons et de moyens novateurs de renforcer les liens avec le public.  

« Il est important de ne pas tenir pour acquis que quelque chose sera un succès, dit Bertin-Maghit. Il y a toujours un peu d’expérimentation. On veut toujours repousser les limites. On ne peut pas toujours répéter la même chose, sinon le public va s’ennuyer – ou nous allons nous ennuyer nous-mêmes. »

« L’avenir de la musique de chambre est vaste et plein de variété, dit Stewart. De nouvelles choses ajoutent constamment à la richesse et aux possibilités du genre. Je crois que nous y jouons un rôle important. Vive le changement ! »

Traduction : Michèle Duguay

Collectif9 Volksmobiles, lancement de disque le vendredi 19 février, 20 h au Théâtre Outremont. Visitez le www.collectif9.ca.

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A propos de l'auteur

Kiersten van Vliet was the Web Editor and an Editorial Assistant for La Scena Musicale from 2015–17.

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