Critique: Love Songs Opéra d’Ana Sokolović

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Love Songs Opéra
Compositrice :  Ana Sokolović
Mise en scène et direction artistique : Frédérick Gravel
Marie-Annick Béliveau : mezzo-soprano
Jean Derome : saxophone
27-28 et 30 septembre 2017, au Gesù.

Pour l’efficacité de l’approche expressive, le travail de la voix combiné au saxophone et pour la gestuelle : 9 /10.

L’amour inquiet, l’amour urgent. L’amour désemparé et arrogant. L’humanité est à la recherche de toutes les formes d’amour. L’amour à la fois vulnérable et fort, par nécessité de répondre à un besoin éternel d’expression et de compréhension. Je ne crois pas que les langues soient les causes de Babel.

La trame dramatique, ce sont deux personnages qui se perdent, tentent de se retrouver, parfois ensemble et parfois si seuls; de corps, souvent ensemble et souvent trop seuls; d’esprits, de rapprochements et d’éloignements, dans des expressions qui diffèrent et s’extrapolent, tantôt complices, tantôt rivaux. L’amour, c’est aussi ce besoin compréhensible ou non de donner un sens profond à la vie. L’amour s’exprime en cent langues et c’est un minimum pour la compositrice Ana Sokolović.

L’instrument et Jean Derome fusionnent. Les formules rythmiques imprévisibles, les mélodies dissonantes mais structurées, la manipulation des formules de la compositrice me rappellent qu’au-delà de cent langues, il y a une multitude de sons qui en disent tout autant au sujet des amours. Tout ce qui est, au début du moins, est par amour.

L’amour est aussi subtilement ou franchement sexuel. Il est exigeant et demande plus que trois simples mots. Trois mots sporadiquement si difficiles à révéler en toute honnêteté, sans arrière-pensées, ou spontanément déboussolants.

Pour Marie-Annick Béliveau, qui dans cette interprétation se met à l’épreuve, passant du confort de l’expérience à l’inconfort palpable de l’expérimentation, c’est un travail colossal. Elle passe d’une mimique à une autre, projetant un sentiment puis son opposé, d’une émotion à son contraire. L’amour contrariant.

L’amour confortable puis inconfortable, sobre puis enivré, défini et limité, soudain indéfinissable et surpris, en pleine crise d’une recherche identitaire, en perte de repères, sans fondement, sans bases solides, ou rigide et ancré, coulé dans l’encre perdue de trois mots laissés derrière, un dernier « je t’aime », que les langues comme outils d’expression et de compréhension. Que les langues ? Heureusement non.

La naissance d’un « je t’aime » pourra faire naître le feu et la croissance du feu pourra donner vie à un « je t’aime ». Mais dans toutes les langues, l’ingrédient principal d’une recette d’amour demeure la compréhension. Je ne crois pas que les langues soient les causes de Babel. Je me l’étais déjà fait dire et j’avais compris, au sujet du chant, que c’était la vérité. Anna Sokolović me l’a fait comprendre autrement et pas seulement en cent langues. Et que dire de Frédérick Gravel, cet amant absent des scènes conjugales, ayant œuvré dans les coulisses de cette recette délicatement assaisonnée. Il y apporte une manipulation des plus efficaces. Tantôt retenu, tantôt éblouissant, il peint une gestuelle qui étale la puissance du drame à elle seule. Love Songs Opéra a bien mérité son titre.

Lisez la critique negatif d’Adrian Rodriguez

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A propos de l'auteur

Musicien-Gestionnaire, Gestionnaire-Musicien, selon les besoins.

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