La douceur du bois d’une flûte traversière : Barthold Kuijken et Mika Putterman

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Le 8 février dernier, la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours recevait le flûtiste de renom Barthold Kuijken, de la famille Kuijken, reconnue mondialement pour son implication et son expertise en musique ancienne. Ce petit concert intimiste présenté par l’organisation Autour de la flûte a offert à son auditoire des pièces de compositeurs connus et méconnus composées entre le XVIIIe siècle et la moitié du XIXe siècle pour flûte traversière seule ou duo de flûtes.

C’est dans la crypte de la Chapelle Notre-de-Dame-de-Bon-Secours que les flûtistes nous ont accueillis pour un concert sans prétention. Déjà, les murs de pierre et l’étroitesse du lieu inspiraient une atmosphère réconfortante et chaleureuse. Kuijken apparaissait devant nous en toute modestie et simplicité au côté de la flûtiste Mika Putterman, également directrice artistique d’Autour de la flûte. Au cours du concert, chacun d’eux s’est servi de plusieurs flûtes traversières en bois de différentes factures, dont chacune avait son propre timbre. Selon Kuijken, en présentant un répertoire étendu sur un siècle et demi, il est nécessaire de travailler avec différents instruments, puisque la facture de ceux-ci se transformait sans cesse en fonction des goûts du jour. Le flûtiste offre une métaphore bien simple qui justifie son choix d’instrument : « Pourquoi utiliser différents modèles de flûte? Car pour différents travaux, nous avons besoin d’utiliser différents outils ». D’ailleurs, le timbre de ces flûtes traversières n/’a pas beaucoup avoir avec sa contrepartie moderne en métal. Le bois donne à la musique une douceur et un son transparent, poreux et feutré qui n’est pas possible de retrouver sur les flûtes en métal. Le timbre inégal des notes du à l’absence ou à la rareté des clés sur ces flûtes anciennes donne un charme et un sentiment d’irrégularité réconfortante à qui l’écoute.

Barthold Kuijken

Barthold Kuijken

Lors du concert du 8 février, Kuijken a joué la musique avec sensibilité et raffinement, sans prétention. Sa présence personnelle et artistique était agréable et ses intentions créatives et émotionnelles étaient touchantes et exécutées dans une clarté et une honnêteté émouvante. Les différents aspects du discours musical et de la rhétorique étaient bien présents dans sa conscience et il était donc en mesure de bien les faire vivre, par exemple avec des articulations raffinées, des nuances bien affirmées et une liberté dans le tempo qui rendait la musique fluide et vivante. Le concert s’est ouvert sur une jolie suite de Michel de la Barre assez conventionnelle qui nous fait entrer avec stabilité et assurance dans le monde de la musique ancienne.  Ont suivi une passacaille pour duo de Hotteterre le Romain, une fantaisie de Telemann et un duo du fils aîné de J.S. Bach, Wilhelm Friedmann Bach.

Toutefois, même si la musicalité de Kuijken se manifestait dans toutes les oeuvres, c’étaient les pièces réservées pour la deuxième partie qui étaient les plus touchantes. La Sonate en La mineur de Carl Philipp Emmanuel Bach était magnifiquement interprétée dans un le style libre, improvisé et profondément humain qui caractérise la musique de ce compositeur. Le Duo en La mineur op. 81 no. 3 de François Devienne, composé à l’aube du XIXe siècle était le duo le plus remarquable et le plus touchant. Putterman et Kuijken communiquaient vraiment bien ensemble et ce duo a certainement résonné beaucoup pour les gens dans l’audience. C’est ensuite Putterman qui a pris la relève, elle qui a été une étudiante de Kuijken il y a plusieurs années, et nous a joué l’Élégie no. 1 de Johannes Donjon, une pièce magnifique qui exploitait bien la flûte. Les deux flûtiste nous ont laissé sur un duo composé par Friedrich Kuhlau composé en 1829 intitulé Variations on an old Swedish Song, une pièce à saveur populaire qui nous rappelle que rien dans le monde n’a besoin d’avoir l’air complexe pour être investi d’une beauté unique et valeureuse.

Ce concert était un petit bijou caché dans Montréal, où une poignée de musiciens et mélomanes se sont réunis pour prendre le temps d’apprécier une musique touchante et mise en relief de façon sobre et remarquable. La personnalité honnête, simple et extravertie combinée avec ls rigueur intellectuelle de Kuijken font de lui un musicien qui nous donne envie de vivre la musique encore plus qu’avant.

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A propos de l'auteur

An-Laurence Higgins est une jeune musicienne passionnée par tous les arts avec un intérêt marqué pour la musique contemporaine et électronique. Elle étudie présentement la guitare classique à l’Université de Montréal et s’implique dans divers projets de création, car elle croit fortement au caractère essentiel de la musique et des arts contemporains. Parallèlement à ses activités de musicienne, An-Laurence écrit pour La Scena Musicale et enseigne la guitare. / An-Laurence Higgins is a passionate young musician with a particular interest for contemporay and electronic music. She is currently studying classical guitar at the Université de Montréal and participate in various creation projects, because she strongly believes in the essential nature of contemporary music and arts. Besides her music studies, she is writing for La Scena Musicale and teaching guitar.

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